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lundi 29 mars 2010

Vos CD et DVD risquent de bientôt s'effacer.



Mots clés : supports numériques, archivage, DVD, FRANCE, Jean-Charles Hourcade, Académie des sciences, Académie des technologies.

L'Académie des sciences attire l'attention sur la faible durée de vie des supports numériques actuels. Si rien n'est fait, des millions de données sont menacées.

L'argument marketing semblait implacable : «Numérisez vos films et photos pour conserver à jamais vos souvenirs !» Un beau slogan qui a participé au succès des CD, DVD et autres Blu-Ray, dont il s'écoule plus de 10 milliards d'exemplaires par an. La réalité est pourtant tout autre. Selon un rapport * conjoint de l'Académie des sciences et de l'Académie des technologies, les supports numériques (disques durs, mémoire flash, CD, DVD) ont une durée de vie qui excède rarement 5 à 10 ans. Curieusement, il existe encore peu d'études sur la longévité de ces outils informatiques mais les résultats ne sont guère encourageants. Une recherche française portant sur le vieillissement naturel des supports a montré qu'au bout de 4 ans, 8 % des disques numériques étaient devenu totalement illisibles. A contrario, l'Institut national de l'audiovisuel (INA) qui numérise selon des procédures très strictes toutes ses archives ne connaît pas pour l'instant de gros problèmes.
Il n'empêche, l'état actuel des connaissances montre que l'on ne sait pas grand chose sur l'évolution et la détérioration de ces disques. Des simulations ont bien lieux en soumettant les disques à diverses contraintes (chaleur, humidité…) mais il est difficile de connaître l'influence réelle de ces paramètres. Des résultats très différents ont été enregistrés pour des produits fabriqués dans la même usine par la même société à quelques mois d'écart. Parmi les rares constantes relevées : ces supports craignent la lumière et plus ils peuvent contenir de données, plus ils sont fragiles. Ainsi les Blu-Ray semblent moins bien résister que les DVD eux-mêmes moins durables que les CD.

Relancer la recherche:
Suffirait-il alors de tout stocker sur Internet ? «C'est la solution qui domine actuellement, résume Jean-Charles Hourcade, l'un des auteurs du rapport, mais c'est du pseudo bon sens.» Selon lui, on peut estimer le besoin moyen de stockage numérique à 2 gigaoctets par foyer et par an, soit 250 millions de gigaoctets pour l'ensemble du territoire. Or le stockage sur Internet se fait sur des serveurs qui doivent être changés tous les deux ou trois ans et consomment beaucoup d'énergie. Il estime son coût entre 2.000 et 3.000 euros par teraoctet (soit 1000 gigaoctet) et par an. Facture totale : 5 à 20 milliards d'euros par an ! «C'est très cher pour pousser la poussière sous le tapis», souligne avec humour Jean-Charles Hourcade.
Pour ces spécialistes, la solution passe par une relance de la recherche pour développer des supports physiques réellement durables. Selon eux, des pistes ont déjà été étudiées comme le «century disc» gravé sur du verre et offrant de meilleures garanties. Quant aux consommateurs, ils devront apprendre à se préoccuper de la longévité de leurs supports et non plus seulement du coût par gigaoctet et de la vitesse de transfert de l'information.

* Longévité de l'information numérique, EDP Sciences, 106 pages, à paraître le 9 avril.

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