«La première des urgences, c'est de faire baisser le
chômage, estime Michel Rocard. La seule façon d'y parvenir est de
réduire le temps de travail.»
L'ancien premier ministre propose de revenir à une retraite à 65 ans en échange d'une réduction du temps de travail.
Il ne s'embarrasse plus de diplomatie. Cela fait longtemps qu'il a
passé l'âge. Mais surtout, du haut de son expérience et de son parcours,
sa voix est toujours attendue et entendue. Alors, régulièrement, Michel Rocard dit son fait à sa famille politique, généralement lorsqu'elle ne veut pas l'entendre.
Dimanche, c'était sur les retraites. Dans un entretien au Journal du dimanche ,
l'ancien premier ministre de François Mitterrand a fustigé la position
des socialistes sur le sujet, et notamment leur attachement à l'âge de
départ. «Il faut dire la vérité aux Français, le vrai calcul se fonde
sur la durée de cotisation, pas sur un droit lié à un âge borné et
inutile. En conséquence, on peut aller jusqu'à 65 ans», a expliqué Michel Rocard.
Des
propos qui interviennent alors que le Conseil d'orientation des
retraites (COR) vient de publier un nouveau rapport selon lequel les
régimes vont continuer de s'enfoncer dans le rouge. Sans nouvelle
réforme, le déficit se creuserait à 21,3 milliards d'euros en 2017.
Demain donc. Et voilà le gouvernement contraint d'agir.
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Pas question pour le pouvoir d'ajouter un nouveau front:
Mais
à Matignon, on se refusait dimanche à tout commentaire sur les propos
de Michel Rocard. Cela se passe souvent comme ça entre lui et les
socialistes, qui le laissent discourir dans son coin en espérant que ses
propos seront vite oubliés. Interrogé sur Radio J, Michel Sapin, le
ministre du Travail, n'a pas voulu évoquer le retour à 65 ans de l'âge
du départ à la retraite proposé par Michel Rocard, au lieu de 62 ans.
En outre, pas question pour le pouvoir d'ajouter un nouveau front à ceux déjà ouverts sur le mariage homosexuel, la taxe à 75 %
ou la fin du cumul des mandats. D'autant que le rétablissement de l'âge
de départ à 60 ans pour les salariés ayant commencé à travailler tôt,
figurait dans les premières mesures prises par François Hollande après
son élection.
Pourtant, en regard des conclusions du Conseil
d'orientation des retraites, il va bien falloir ouvrir à nouveau le
dossier. Avec toujours le choix entre trois solutions: relever les
cotisations, abaisser le niveau des pensions ou repousser l'âge de
départ. Lors de la réforme menée par Nicolas Sarkozy, ils s'opposaient
aux trois. Seul le retour d'une forte croissance, qui permettrait de
remplir les caisses, leur éviterait d'avoir à trancher.
Un sujet éminemment symbolique et hautement conflictuel:
«La
seule solution est d'allonger la durée de cotisation, d'aller peut-être
jusqu'à 43 annuités», assène Michel Rocard, qui rappelle que «la France
est le seul pays développé qui a fixé un âge de droit au départ à la
retraite».
Seulement voilà, pour les socialistes, le sujet est
éminemment symbolique et hautement conflictuel. Lorsqu'elle était
première secrétaire du PS, Martine Aubry avait tenu des propos ambigus
sur la possibilité de repousser l'âge de départ à 62 ans. En dépit de
ses explications, cela avait provoqué une interminable polémique au sein
du Parti socialiste.
Seule certitude, Michel Rocard risque de
continuer un moment à interpeller ses camarades sur leurs décisions
politiques. «Il y a une mortalité forte après 60 ans car le travail
maintient en forme. Et travailler plus longtemps résoudrait le
sous-emploi des seniors. Ce serait un apport considérable», conclut-il.

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