Les aurores boréales sont provoquées par la projection de particules lors des éruptions solaires. Leur interaction avec des molécules de gaz dans la très haute atmosphère est à l'origine de ces draperies lumineuses qui dansent au-dessus du panache de l'éruption.
C'était il y a moins de trois semaines. Avant de désorganiser le ciel européen, l'Eyjafjöll offrait un spectacle grandiose. Le photographe Olivier Grunewald fut l'un des premiers à se rendre sur les lieux. Des clichés et un témoignage exclusifs sur les premières heures de l'éruption.
L'éruption fissurale de l'Eyjafjöll a eu lieu le 20 mars en pleine nuit et en plein blizzard. La seconde fissure s'est ouverte sur les flancs du volcan, sous l'oeil de notre photographe, le 31 mars à 19 heures. En quelques minutes, un rideau de matière en fusion s'élève dans les airs et produit d'importantes coulées.
Les coulées commencent à s'épancher sur la neige immaculée:Nous sommes le 31 mars. Nul ne sait encore que les fumées qui commencent à s'échapper de l'Eyjafjallajoküll vont provoquer la panique dans le ciel européen. En émergeant à la surface de la Terre, le magma réagit violemment au contact de la glace. Une première explosion va projeter des cendres que le vent emporte une vingtaine de kilomètres plus loin. La lave se met aussitôt à jaillir. Des jets incandescents propulsés à la verticale illuminent la nuit islandaise. Rapidement, un rideau de lave se dresse le long d'une fissure de 500 mètres. Le magma retombe en pluie, et les coulées commencent à s'épancher sur la neige immaculée. Immédiatement, les autorités du pays prennent des mesures draconiennes : routes interdites dans le périmètre du volcan, fermeture de l'espace aérien pendant trois jours, évacuation rapide, mais dans le calme, de près de 600 personnes, essentiellement des fermiers susceptibles d'être touchés par les redoutés jökulhlaups, ces éruptions sous-glaciaires pendant lesquelles le réchauffement du glacier provoque de brusques coulées d'eau et de glace mêlées particulièrement dévastatrices. Si la population locale apprécie ces mesures ultrarapides et efficaces, les fermiers pensent avec émotion aux chevaux et moutons laissés derrière eux.
La détente brutale des gaz et de la vapeur, lors du contact entre la lave et la glace, provoque de très violentes explosions phréatomagmatiques qui pulvérisent les roches volcaniques.
Sautant la falaise et plongeant dans un canyon, la lave, à plus de 900 °C, comble ce que l'eau et la glace avaient mis des millénaires à creuser. Les premières anomalies sismiques, qui datent de 1991, ont augmenté dès le début du mois de mars, laissant déjà présager un risque d'éruption.
Face à l'afflux des visiteurs, les services de secours se mettent en place pour éviter les accidents surtout liés aux conditions climatiques. Le froid et le vent sont les principaux risques sur cette île où l'hiver sévit encore durement. Tout semble se dérouler tranquillement. Mais à 19 heures, Benedikt, le guide islandais d'Olivier, le cheveu et l'oeil clair, digne descendant des colosses vikings, arrive aussi surexcité qu'un enfant au pied d'un sapin de Noël. Un appel radio lui a signalé qu'une seconde fissure vient de s'ouvrir. Notre équipe fonce sur la zone : un rideau de fontaines de magma s'élève à près de 100 mètres de hauteur sur le ciel encore clair. Jaunes, orange, rouge sang, dynamiques, imprévisibles, les jets de lave qui pulsent de la seconde plaie ouverte sur les flancs du volcan alimentent de nouvelles coulées, qui se perdent sur le versant nord. Impossible de détacher les yeux de cette incandescence qui augmente au fur et à mesure que la nuit s'intensifie. Benedikt l'Islandais, qui vit à 10 kilomètres de là, reste muet, photographiant sans relâche le mur de lave. Le souffle court, marqué par l'émotion, il murmure : «Once, in a lifetime, once in a lifetime !» («Une seule fois dans sa vie, une seule fois !») L'éruption de l'Eyjafjöll vient de prendre une allure autrement sérieuse, voire dramatique. Les gyrophares des équipes de secours s'allument dans la montagne. En fidèles bergers rassemblant leur troupeau, elles repoussent les visiteurs en les sommant d'évacuer les lieux. Les hélicoptères tournent à la recherche de randonneurs qui se sont hasardés trop près de la nouvelle fissure. Pas question de laisser une seule personne à la traîne. La température tombe à 20 °C, le blizzard se lève. Le photographe et son guide se font dépanneurs, aidant les véhicules pris dans la neige, le moteur bloqué, réparant les pneus des autres.
Bientôt, d'étranges pulsions lumineuses pourfendent la noirceur étoilée. Une autre éruption, solaire cette fois, a eu lieu deux jours plus tôt. Les vents de particules projetées par le soleil à travers l'espace cosmique ont heurté la magnétosphère terrestre, générant un ballet d'aurores boréales audessus du panache incandescent du volcan. La scène n'est plus spectaculaire, elle est presque irréelle. Et semble donner un surcroît d'énergie au volcan. Le 14 avril, un panache de vapeur s'élève à plus de 8 kilomètres dans l'atmosphère. Au sommet de l'Eyjafjallajoküll, la glace se fissure, se boursoufle et lâche brusquement. Un torrent impétueux de boue, d'eau et de roches, l'un de ces fameuxjökulhlaups, vient de se déclencher, inondant le sandur, vaste plaine de sables noirs qui s'étale au pied des glaciers. De violentes explosions se succèdent et projettent en haute altitude un voile noir. Poussé par les vents, le panache de cendres sème désormais le désordre dans les aéroports européens, bloquant des millions de passagers. L'éruption ne semble pas faiblir. Pour combien de temps encore ?
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