Ils ont entre 29 et 58 ans. Ils sont maçon, enseignant, infirmier psychiatrique, haut fonctionnaire. Ils travaillent dans le privé ou dans le public. Certains rêvaient d'une retraite anticipée dès 55 ans, d'autres travailleraient volontiers jusqu'à 65 ans. Tous manifesteront, jeudi 24 juin, à l'appel de leur syndicat contre le projet de réforme des retraites du gouvernement qu'ils jugent "injuste".
Damien Glemarec, 29 ans, professeur au lycée Robert Doisneau de Corbeil-Essonne:
"Je ne m'inquiète pas pour moi. Bien sûr, j'entends fréquemment des collègues enseignants ou des amis, qui ont aussi la trentaine, dire qu'on n'aura pas de retraite. Mais je suis d'un naturel optimiste, j'y crois encore", affirme M. Glemarec. "Qui peut dire où en sera la société française dans 40 ans ?"
Représentant du personnel dans son établissement, adhérent au syndicat des enseignants de l'UNSA, ce professeur d'histoire-géo ira manifester "par solidarité" avec les autres générations. "Les mesures gouvernementales sont totalement inéquitables. L'effort demandé aux hauts revenus et aux revenus du capital est infime. La réforme pèse essentiellement sur les salariés et les fonctionnaires actifs ".
Florence Ferfaille, 47 ans, professeure des écoles à Calais:
Elle a 29 ans de carrière derrière elle, toujours dans "des zones à forte concentration de difficultés sociales". Dans l'école du réseau ambition réussite (RAR) où elle enseigne aujourd'hui, elle a une classe de CE1 de 22 élèves. "J'ai commencé à 18 ans. Les jeunes qui nous rejoignent ont une petite trentaine d'années. Comment imaginer qu'ils devront être encore en poste à 70 ans ? Les enfants sont de plus en plus difficiles. Dans mon école, on en est à la troisième ou quatrième génération de chômeurs. Les parents ont démissionné. C'est dur".
Pour cette mère de trois enfants, dont deux seront étudiants à la rentrée prochaine, la réforme risque de se traduire par une perte sèche de 400 euros par mois. Mais c'est d'abord "pour garder le droit à partir à 60 ans" qu'elle ira défiler. Et parce que la conception "étriquée" de la pénibilité qu'a le gouvernement, l'a profondément "choquée".
Bruno Rocherieux, 58 ans, électromécanicien, et Brahim Messaoud, 45 ans, maçon:
Ils travaillent tous deux dans le bâtiment, chez Eiffage, et militent à la CGT. Et partagent le point de vue de Mme Ferfaille sur la pénibilité. "Le matin, au réveil, on a mal partout, aux reins, au dos, aux articulations. Ce n'est pas pour rien qu'on a été pendant des années dans la pluie et le froid. Quand j'ai commencé à travailler en 1971, on était régulièrement exposé à l'amiante. On coupait des tôles sans protection. Et on portait des charges lourdes, des sacs de ciment de 50 kilos", se souvient M. Rocherieux. "Ma génération a beaucoup donné. Et ce n'est pas un hasard si on a du mal dans le bâtiment à trouver des jeunes".
La CGT défend l'idée d'un départ anticipé à 55 ans pour cause de pénibilité. "55 ans c'est peut-être un peu tôt, admet M. Messaoud. Mais 62 ans, ce n'est pas possible ! Mes collègues de 58-59 ans sont cassés. Et aujourd'hui dans le bâtiment, 85 % des salariés partent avant 60 ans pour inaptitude".
Bruno Lamy, 41 ans, infirmier psychiatrique à La Roche-sur-Yon (Vendée):
Très attaché à son métier, il serait "prêt à travailler plus longtemps" si les fins de carrière étaient aménagées. "Je ne me vois pas à 60 ans continuer à courir après certains patients. Il y a un temps pour tout", explique cet homme qui anime la section CFDT et qui travaille dans une unité pour adultes. Entré à l'hôpital il y a 21 ans, il a vu les prises en charge s'élargir à de nouveaux patients et les contraintes budgétaires s'alourdir. "On est toujours à courir après le temps et les remplacements", déplore-t-il.
Michel Gilles, 58 ans, administrateur civil à Bercy:
Il travaille au Contrôle général économique et financier et est l'un des dirigeants de la Fédération générale autonome des fonctionnaires (FGAF). Il est décidé à travailler au moins jusqu'à 65 ans, mais il manifestera jeudi de République à Nation, à Paris. Par solidarité avec les petites catégories attachées à la retraite à 60 ans. Et parce qu'il est convaincu que le projet de réforme ne règle rien : "Il manque 17 milliards pour ramener le déficit à zéro. En réalité, le gouvernement met la poussière sous le tapis jusqu'en 2012. Sa réforme, c'est du bricolage monté à la va vite, ajoute cet énarque syndicaliste. Il y aura du monde jeudi". "Cette fois-ci, cela prend beaucoup mieux".
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