Flexibilité pour les uns, droits renforcés pour les autres : le projet d'accord trouvé entre patronat et syndicats met en place de nouvelles dispositions. Passage en revue des principales nouveautés.
Du côté des salariés:
• Généralisation des complémentaires santés :
aujourd'hui, 3,5 millions de personnes (40% des salariés) doivent payer
seuls les frais d'une complémentaire santé car ils ne bénéficient pas
d'une couverture via leur entreprise. L'accord prévoit qu'au plus tard,
le 1er janvier 2016, l'employeur prenne en charge la moitié de ces frais.
Les salariés des petites entreprises sont les principaux concernés,
pour un coût estimé à 2,9 milliards d'euros. La portabilité de cette
couverture pour les salariés perdant leur emploi sera portée de 9 à 12
mois. Les négociations dans les branches professionnelles, visant à ce
que les salariés bénéficient d'une couverture collective,s'ouvriront
avant le 1er avril.
• Création de «droits rechargeables» à l'assurance chômage :
cette disposition, d'un coût estimé à un milliard d'euros, permettra
aux demandeurs d'emploi qui reprennent un travail avant la fin de leur
période d'indemnisation de «conserver le reliquat de tout ou partie de
leurs droits aux allocations-chômage non utilisés» en cas de nouvelle
perte d'emploi. Jusqu'ici, à chaque période de chômage, les demandeurs
d'emploi repartaient à zéro. Ce volet ne devrait pas voir le jour avant
l'an prochain.
• CDD courts surtaxés: dès le 1er juillet, les cotisations employeurs à l'assurance chômage seront portées de 4 à 7% pour les contrats d'une durée inférieure à un mois,
à 5,5% pour ceux d'une durée comprise entre un et trois mois et à 4,5%
pour les CDD dits d'usage. Ne sont pas concernés «les CDD de
remplacement» et les contrats saisonniers. En échange, un CDI conclu
pour l'embauche d'un jeune de moins de 26 ans sera exonéré de
cotisations d'assurance chômage pendant trois mois (quatre mois pour une
entreprise de moins de 50 salariés). L'intérim n'est pas concerné non
plus par la surcotisation mais l'accord prévoit la mise en place d'un
CDI pour les salariés de ce secteur.
• Création d'un compte personnel de formation :
tout salarié, même s'il se retrouve au chômage, pourra bénéficier de ce
compte qu'il pourra conserver tout au long de sa vie professionnelle et
ce, quel que soit son parcours.
• Droit à une période de mobilité volontaire sécurisée :
réservé aux entreprises de plus de 300 salariés, ce droit permettra aux
salariés de plus de deux ans d'ancienneté, qui souhaitent «découvrir un
emploi dans une autre entreprise», de conserver pendant deux ans leurs
droits dans leur société d'origine. L'accord de l'employeur, qui peut
refuser deux fois, est nécessaire. Les conditions du retour devront être
précisées dans un avenant au contrat.
• Représentation des salariés au conseil d'administration :
elle concernera les entreprises dont les effectifs totaux, appréciés à
l'échelle mondiale, sont au moins égaux à 10.000 salariés ou à 5.000
appréciés à l'échelle de la France. Les représentants des salariés
choisis siègeront «avec voix délibérative». Le projet d'accord prévoit
aussi la création au sein des entreprises d'une base de données unique
mise à jour régulièrement pour faciliter l'information des instances
représentatives du personnel.
Du côté des entreprises:
• Accords de maintien dans l'emploi :
ces derniers doivent permettre aux entreprises confrontées à de «graves
difficultés conjoncturelles» de négocier des baisses du temps de
travail et des salaires en échange d'un maintien des effectifs. Leur
durée ne pourra dépasser deux ans. Ils requièrent l'accord individuel de
chaque salarié. En cas de refus, la rupture de son contrat de travail
sera assimilée à un licenciement économique. Par ailleurs, une
négociation sur l'activité partielle pour simplifier le recours à
celle-ci sera lancée dans les deux semaines.
• Sécurisation des plans de sauvegarde de l'emploi (PSE):
l'accord prévoit que ces plans fassent l'objet d'un accord collectif
avec des syndicats majoritaires ou, à défaut, soient homologués par
l'administration. Les délais fixés par l'accord seront «préfixés, non
susceptibles de suspension ou de dépassement».
• Contentieux avec les salariés :
l'accord pousse à la conciliation prud'hommale pour les contestations
de licenciement, avec la possibilité d'une indemnité forfaitaire
calculée en fonction de l'ancienneté du salarié. Les délais de
prescription pour une contestation en justice portant sur l'exécution ou
la rupture d'un contrat de travail sont ramenés de cinq à deux ans.
• Expérimentation du contrat de travail intermittent :
ce contrat, qui existe déjà dans certaines professions (les moniteurs
de ski par exemple), sera expérimenté sans passer par un accord de
branche dans de nouveaux secteurs (industrie du chocolat, formation hors
langues étrangères et vêtements de sport et de loisirs) et un
bilan-évaluation sera effectué avant fin 2014.
• Mobilité interne à l'initiative des entreprises :
elle ne sera plus liée à un plan de sauvegarde de l'emploi et fera
l'objet d'une négociation triennale. Les mobilités envisagées seraient
proposées aux salariés dans la limite d'un éloignement de 50 kilomètres
ou quarante-cinq minutes. Elles ne peuvent en aucun cas entraîner une
diminution du niveau de rémunération ou de la classification du salarié.
Le refus par ce dernier n'entraîne pas son licenciement pour motif
économique, mais pour motif personnel ouvrant droit à des mesures de
reclassement telles qu'un bilan de compétence ou un abondement du compte
personnel de formation.
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