Le projet d'accord n'entraînera pas de déréglementation du Code du travail, ni de flexibilité pour les entreprises.
Dieu que l'accouchement fut douloureux! Tout ça pour ça, lâcheront
les plus critiques, à commencer par la droite où beaucoup auraient
préféré que cette négociation,
entamée en octobre, se solde par un échec. Un échec qui aurait démontré
un peu plus la vacuité de la politique de l'exécutif en général et du
«nouveau modèle social à la française» promis par Jean-Marc Ayrault
en particulier. La gauche de la gauche et les syndicats les plus
radicaux (CGT et Solidaires en tête) auront le même sentiment mais en
tirant des conclusions différentes. Ils ne manqueront pas - comme ils le
font depuis le début des échanges entre syndicats et patronat - de
fustiger ce nouveau «cadeau fait aux entreprises», minimisant les
avancées en matière de droits nouveaux pour les salariés, et de prédire
le démantèlement prochain du droit du travail.
Ces opposants internes à François Hollande
appelleront également les parlementaires à corriger l'accord par le
biais de la loi de transposition que le gouvernement déposera en mars,
en sabrant naturellement dans la partie flexibilité et en renforçant
celle dédiée à la sécurisation, en commençant par interdire les
«licenciements boursiers». Quant au président de la République, il
saluera le courage dont auront fait preuve les partenaires sociaux en
dépassant leurs clivages avec ce compromis ambitieux et promettra plus
que jamais aux Français l'inversion de la courbe du chômage «d'ici un
an», comme il le fait maintenant depuis six mois.
Pas de tsunami à l'horizon:
La
vérité se situera, comme souvent, entre ces extrêmes. Le projet
d'accord - car ce n'est à ce stade qu'un projet d'accord - ne provoquera
aucun tsunami. Ni de déréglementation du Code du travail, ni de
flexibilité pour les entreprises. Il permettra juste aux salariés de
sécuriser un peu plus leurs arrières (droits rechargeables,
complémentaire santé, compte personnel de formation…) et aux entreprises
de s'adapter plus facilement (accord de maintien dans l'emploi,
conciliation prud'homale, mobilité interne…). Ni plus ni moins. Et
surtout pas de provoquer une vague de recrutement (parce que les CDD
seront un peu taxés) ou de supprimer les plans sociaux (parce que les
syndicats seront associés aux stratégies des très grandes entreprises).
Les
seuls juges de paix, pourrait-on dire, seront les marchés et les
agences de notation qui appellent depuis des mois à une réforme radicale
du marché du travail. De leur avis sur les instruments de flexibilité
trouvés par les partenaires sociaux pour répondre aux maux français de
manque de compétitivité des entreprises et de fluidité du marché du
travail dépendra la confiance que nous accorderont à l'avenir les
investisseurs étrangers et, à travers elle, le salut de la France.
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