Une vraie bombe à retardement. La Cour des comptes
a publié ce mardi un rapport sur le marché du travail dans lequel elle
dresse un constat d'urgence pour le moins alarmant. Et ce, probablement
comme elle ne l'a jamais fait. «Il s'agit d'éclairer, d'alerter sur les
éléments inquiétants du fonctionnement du marché du travail», a
toutefois tenté de nuancer son premier président, Didier Migaud, sans
réellement y parvenir.
Et pour cause. Sous le poids de la crise,
des déficits, et sans réforme drastique, le système va tout simplement
dans le mur. Et pourtant, ce n'est pas faute de mettre des moyens: plus
de 50 milliards d'euros, chiffre la Cour, sont consacrés chaque année à
l'indemnisation des chômeurs (leur accompagnement dans la recherche d'un
poste ne fait pas partie du champ analysé), à l'incitation au travail, à
la création d'emplois et à la formation professionnelle. En vain.
Car
ces «politiques du marché du travail», passées au crible par les fins
limiers de la Rue Cambon, sont inefficaces. «Les résultats obtenus sont
décevants», confirme d'ailleurs Didier Migaud. La France, alors qu'elle a
connu une baisse de l'activité bien moins forte que ses voisins, a
pourtant vu son taux de chômage
progresser bien plus vite. «Pour être efficaces, les dispositifs
doivent suivre les mutations du marché du travail, analysent les
magistrats de la Cour. Or les politiques de l'emploi ont insuffisamment
évolué et nombre d'entre elles sont aujourd'hui obsolètes.»
Un
exemple? Les dispositifs de chômage partiel, s'ils ont permis de limiter
la casse en 1993, n'ont plus joué leur rôle d'amortisseurs en 2009. Un
problème quand on sait que ce sont des dispositifs similaires qui
permettent aujourd'hui à l'Allemagne d'afficher le plus bas taux de
chômage de son histoire… Plus généralement, les politiques de l'emploi
ratent leur cible et ne profitent pas à ceux qui en ont le plus besoin, à
savoir les sans-diplôme très éloignés de l'emploi. Résultat, la Cour
appelle à un «reciblage majeur des dispositifs».