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mercredi 9 juin 2010

Les « hedge funds » britanniques arrivent discrètement à Genève.

BlueCrest, Brevan Howard... Plusieurs gestionnaires de fonds alternatifs de la City ouvrent des bureaux en Suisse. Des mouvements justifiés par le durcissement des taxes et des réglementations.


Ils sont venus sur la pointe des pieds. Pour ne pas faire de vagues sur le lac Léman, ils se sont installés dans leurs nouveaux bureaux sans faire d'annonce officielle. Mais les experts de la place ont bien remarqué leur arrivée. Plusieurs « hedge funds » britanniques ont quitté la City pour s'installer en Suisse. En avril dernier, BlueCrest, le troisième plus gros « hedge fund » londonien avec plus de 15 milliards de dollars de fonds, a installé dans un immeuble d'affaires du quartier des Eaux-Vives une cinquantaine de ses salariés. Le plus grand hedge fund d'Europe, Brevan Howard, qui est en charge d'un portefeuille de 27 milliards de dollars, aurait pour sa part trouvé de nouveaux locaux juste derrière l'hôtel Kempinski.
« Entre les taxes et la réglementation européenne sur les hedge funds, l'industrie ne sait pas à quelle sauce elle va être mangée, alors certains prennent le parti de s'installer ‘en lieu sûr', notamment en Suisse », note un connaisseur de la City. Ces fonds voulaient quitter Londres avant le 6 avril, la date d'entrée en vigueur de la nouvelle loi britannique qui impose à 50% les très hauts salaires. Mais même si cette échéance est passée, certains fonds spéculatifs basés dans la capitale britannique planifient toujours leur déménagement à Genève. « Nous avons reçu beaucoup de demandes de hedge funds à ce sujet, reconnaît Sara Carnazzi Weber, une économiste du Crédit Suisse. Le flux de départ n'est pas encore massif mais on sent un intérêt croissant de la part de ces entreprises pour venir s'installer en Suisse.»
Avec un taux d'imposition plafonné à 40%, des gains en capitaux non taxés et une TVA très faible, la Confédération ne manque pas d'attraits. Genève, qui concentre déjà les deux tiers des hedge funds actifs dans le pays, est la destination de choix des nouveaux arrivants. L'exode que certains annonçaient à la City en début d'année n'a cependant pas eu lieu. L'étroitesse de la place suisse, la cherté des logements et des écoles, en ont dissuadé plus d'un. « Il ne s'agit pas d'un raz de marée mais certains groupes sont bienvenus ici », confirme Xavier Oberson, un avocat fiscaliste genevois.
Les autorités genevoises semblent avoir été prises de court par l'intérêt des hedge funds britanniques. « C'est un juin 2009 que nous avons réalisé que toutes les demandes de renseignements qui nous parvenaient de ces fonds pouvaient représenter une opportunité de développement pour le canton de Genève, souligne Daniel Loeffler, le directeur du Service de la promotion économique de Genève. L'évolution de la fiscalité britannique a été l'élément déclencheur de ce phénomène. La Suisse n'est pas devenue plus attractive mais les conditions cadre de la City se sont détériorées.»
Plusieurs gestionnaires ont décidé de prendre leur temps avant de faire leurs cartons pour s'installer près du lac Léman. Les hedge funds sont en effet en partie rémunérés grâce à des commissions variables qui sont comprises entre 10% et 20% de la performance des fonds. Mais ces commissions ne se déclenchent que lorsque la valeur du fonds dépasse une certaine croissance. Comme la plupart des hedge funds n'ont toujours pas retrouvé leurs niveaux antérieurs à la crise, leurs dirigeants ne toucheront pas ce bonus pour l'année 2010. Leur prochaine feuille d'impôts ne sera, par conséquent, pas aussi élevée que le suggère le taux maximum de 50% fixé par Londres. Néanmoins au fur et à mesure que ces fonds spéculatifs vont renouer avec la croissance, le différentiel fiscal entre la Suisse et la Grande-Bretagne va s'accroître. D‘autres « délocalisations » sont donc probables.

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