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mardi 2 mars 2010

Un train de retard pour le milliardaire Warren Buffett.

Le très célèbre investisseur américain Warren Buffett - fondateur du fonds d'investissement Berkshire Hathaway - a adressé sa lettre annuelle à ses actionnaires le 27 février. Parmi les habituelles boutades, "l'oracle d'Omaha", du nom de sa ville du Nebraska, souligne qu'il a renfloué la banque d'affaires Goldman Sachs, le groupe diversifié General Electric et d'autres entreprises au plus fort de la crise financière. Les 21 milliards de dollars (environ 16 milliards d'euros) alors investis valent aujourd'hui 25 % de plus qu'à l'époque et apportent des rendements de 10 % par an. A court terme du moins, c'est bien plus que ce que M. Buffett va pouvoir gagner avec le rachat du groupe de fret ferroviaire américain Burlington Northern Santa Fe (BNSF).
"L'oracle d'Omaha" a dépensé en cash sensiblement la même somme - quelque 22 milliards de dollars - en octobre 2009 pour racheter BNSF. M. Buffett a aussi dû émettre des actions : au demi-million d'actionnaires de Berkshire Hathaway s'en sont ajoutés 65 000 nouveaux.
M. Buffett, lui-même, admet que la décision d'acheter BNSF a été "un match serré". Au total, l'acquisition du groupe ferroviaire s'est faite au prix considérable de 34 milliards de dollars, une somme d'autant plus élevée aux yeux de M. Buffett qu'elle a été en partie financée par actions. Or, l'homme d'affaires apprécierait les émissions d'actions à peu près autant qu'une "coloscopie", pour reprendre ses mots. Il s'agit d'un investissement coûteux, à long terme, sur une industrie à forte intensité de capital. "Un pari tout entier sur l'avenir économique des Etats-Unis", selon l'investisseur.

Hypocrisie:
Les 21 milliards de dollars investis ces dix-huit derniers mois dans Goldman Sachs, General Electric, le chimiste Dow Chemical, l'assureur Swiss Re et le géant agroalimentaire Mars-Wrigley ont porté plus vite satisfaction. Ces participations pèsent maintenant 26 milliards de dollars, et dégagent 2,1 milliards de dollars d'intérêts et de dividendes par an.
Comme le note M. Buffett, les opportunités issues de la crise ne sont pas monnaie courante. Et le milliardaire a fait certaines de ces affaires en sachant que leur réussite dépendrait du renflouement du secteur financier par l'Etat - ce qui a été le cas. Alors quand M. Buffett avance que Berkshire Hathaway ne dépendrait pas de "la sympathie d'autrui", ses propos tendent vers l'hypocrisie, d'autant plus que son fonds possède aussi des grandes sociétés financières, comme Wells Fargo.
En outre, M. Buffett fonde son argumentation sur le fait que le conservatisme de Berkshire - seulement partiellement compromis par l'opération BNSF - a fait de lui l'un des rares fournisseurs de liquidités pendant la crise. Il a su en tirer profit, même si l'un de ces investissements a un train de retard.

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