
L'onde de choc s'est propagée à l'ensemble du secteur. C'est bien simple, dès que l'on interroge le moindre représentant d'une autre compagnie, voire d'un acteur parapétrolier, c'est le mutisme absolu. Ou alors c'est une réponse toute faite : «Attendons de comprendre exactement la séquence des événements qui a conduit à cette marée noire avant d'en tirer le moindre enseignement. » Pire, certains opérateurs, pourtant actifs en haute mer, vont jusqu'à minorer l'éventail de leurs activités. Ou, s'ils interviennent offshore, ils soulignent aussitôt qu'ils se situent très loin des opérations de forage.
En attendant que chacun retrouve la mémoire, un peu partout dans le monde, les grands groupes procèdent à une revue serrée de leurs installations. Avec, en toile de fond, la pérennité du secteur du forage en eau profonde.
Les réserves terrestres s'épuisent :
Les chiffres résument la donne. Un tiers du pétrole produit aux États-Unis provient du golfe du Mexique. Et 80 % de cette production locale sont issus de forages en eaux profondes. À l'échelle planétaire, un cinquième des réserves d'or noir est sous-marin. En 2008, précise l'Institut français du pétrole (IFP), l'offshore a fourni 30 % de la production de pétrole, soit 25,2 millions de barils par jour, dont 3,2 millions ont été extraits en offshore par plus de 1 000 m de fond.
Les réserves terrestres s'épuisent ou restent sous le contrôle étroit des compagnies nationales des États de l'Opep. Pour l'industrie pétrolière, l'offshore profond représentait l'avenir. Est-ce toujours le cas ?
Les forages au large sont-ils dangereux ?
«Avec 2000 employés en mer en permanence, la sécurité est notre priorité numéro un», renchérit Hege Norheim, vice-présidente de la compagnie norvégienne Statoil.
À plus de 1000 mètres de profondeur, où règnent le froid et de très fortes pressions, «cela revient à travailler dans l'espace», poursuit l'homme de l'art.
Une éruption de puits (blowout), l'accident le plus redouté, si improbable sur le papier, s'est pourtant produite le 20 avril sur Deepwater Horizon. Mais les pires blowouts de l'histoire (voir infographie) n'étaient pas liés à la profondeur. Pas plus que les dix accidents de plate-forme les plus meurtriers - 749 morts entre 1962 et 2005. Le forage en mer est en soi une activité risquée.
Dans le cas présent, relève encore le sénateur Menendez, c'est qu'il «n'existait pas de plan pour se préparer au pire», par 1 500 mètres de fond. « Le forage en mer va continuer», a déclaré hier le ministre américain de l'Intérieur Ken Salazar, mais il sera conduit de «façon plus sûre».
La survie des majors est-elle menacée ?
Ces dernières semaines, l'ensemble de l'industrie pétrolière s'est bien gardée d'incriminer la compagnie britannique. Bien consciente que ce qui est arrivé à l'un aurait pu arriver à tous les autres. Par ailleurs, ces différents groupes, pétroliers et parapétroliers, savent qu'ils devront assumer ensemble les conséquences de la catastrophe, via le renforcement des procédures de sécurité et donc l'alourdissement des dépenses d'exploration.
Peut-on chiffrer cette inflation ? Aucun spécialiste, pour le moment, ne se risque à une estimation. «Mais le coût de certains projets pourrait parfaitement grimper de 30 à 50 % minimum, pronostique un expert du secteur. Beaucoup d'entreprises n'auront pas les moyens de se développer comme elles l'avaient prévu. Des coupes sombres qui pèseront fortement sur leur rentabilité.»
L'offshore est-il moins sûr au large de l'Afrique ?
Bill Farren Price, de Petroleum Policy Intelligence, ne dit pas autre chose : «Il y a sans doute déjà des fuites d'hydrocarbures dans des régions reculées du monde, et peu surveillées, comme en Sibérie, en Asie centrale ou en Afrique.» Au Nigeria, en particulier, des fuites de pétrole souillent quotidiennement le delta du Niger dans la plus grande indifférence internationale.
«L'accident survenu à BP ne devrait malheureusement pas contribuer à restaurer la situation dans ces contrées moins visibles, souligne un ingénieur pétrolier. De toute façon, dans l'offshore profond, à partir d'un certain stade de complexité, aucune compagnie ne possède de plan B pour faire face à un incident. On vient de tristement le constater.»
La marée noire va-t-elle doper le prix du brut ?
D'un point de vue structurel, il est encore un peu tôt pour se demander si certaines zones d'exploration offshore seront rayées de la carte. Au nom de process trop risqués à mettre en place pour forer dans de bonnes conditions de sécurité. Auquel cas le portefeuille de réserves des compagnies pourrait chuter dans des proportions significatives, avec nécessairement un renchérissement du prix du brut.
En attendant, aux États-Unis, le ministre de l'Intérieur Ken Salazar a publié mardi une directive précisant sept exigences en matière de sécurité pour les forages en mer. Elles s'appliqueront dans l'immédiat pour l'exploration à faible profondeur. Le moratoire de six mois pour les nouveaux forages à plus de 150 mètres de fond est maintenu dans l'attente de nouvelles règles qui pèseront plus ou moins sur les coûts.

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