
5,7 millions d'Américains achètent aujourd'hui régulièrement les substituts de repas ou les barres énergétiques de Herbalife.
Un fond spéculatif accuse le roi de la vente directe de compléments nutritionnels d'avoir bâti un système pyramidal.
Herbalife contre-attaque. Le mois dernier, le leader américain des
compléments nutritionnels et produits de régime, commercialisés par un
réseau de vendeurs indépendants, a été accusé par le gérant de fonds
spéculatif Bill Ackman d'être une gigantesque opération frauduleuse.
Lors
d'un exposé devant plusieurs dizaines d'analystes à New York, Michael
Johnson, le patron d'Herbalife, a présenté jeudi sa défense et démenti
point par point les accusations, avec une émotion difficilement
contenue.
Ce poids lourd de la vente directe, dont le siège se
trouve aux îles Cayman, a voulu démontrer que sa croissance dépendait
bel et bien de la vente effective de ses produits à des millions de
consommateurs et non pas, comme l'accuse Ackman, d'un réseau pyramidal
de revendeurs, qui absorberait ses stocks de produits et en financerait
l'achat.
Le cabinet Lieberman Research, engagé par Herbalife,
estime que 5,7 millions d'Américains achètent aujourd'hui régulièrement
les substituts de repas ou les barres énergétiques de Herbalife. Ce
résultat est extrapolé à partir d'un échantillon représentatif de 2000
Américains. Les clips vidéo de dizaines de clients de Herbalife,
anglophones et hispanophones, heureux de perdre du poids et de gagner de
l'énergie grâce aux produits de la société, sont venus étayer la
démonstration.
Enquête sur une possible manipulation du marché:
La
présentation, retransmise en direct sur Internet, visait à réparer les
dommages causés à Herbalife par une diatribe de trois heures prononcée
le mois dernier par Bill Ackman, qui avait fait plonger l'action de la
société de 21 % en deux jours. Le célèbre gérant du fonds Pershing
Square Capital Management a parié 1 milliard de dollars sur
l'effondrement du cours de Herbalife en vendant à découvert plus de
20 millions de ses titres. Sa croisade publique contre la société, qui
emploie plus de 6000 personnes, est assimilée par Michael Johnson à une
dangereuse manipulation du marché. Selon le Wall Street Journal, les autorités réglementaires ont entamé une enquête sur cette affaire.
Michael
Johnson a par ailleurs réfuté que son entreprise, dont le chiffre
d'affaires s'est élevé à 3,5 milliards de dollars en 2011, dépensait des
sommes dérisoires en recherche et développement. Selon lui, ces
dépenses ont atteint 44 millions de dollars l'an dernier et à ce titre
dépassent souvent celles de ses concurrents. Le Dr Vasilios Frankos,
ancien haut responsable de la Food & Drug Administration,
l'organisme fédéral chargé de la réglementation des médicaments et
produits alimentaires, a longuement défendu l'approche et l'éthique
scientifique de Herbalife, dont il est aujourd'hui un des dirigeants.
Herbalife
ne manque pas d'alliés. Le cours de l'entreprise, en hausse jeudi à la
mi-séance de plus de 4 %, est presque remonté à son niveau antérieur à
l'opération lancée par Bill Ackman. Un autre fonds spéculatif en vue,
Third Point LLC, vient d'annoncer avoir investi pour le long terme dans
plus de 8 % du capital de Herbalife. Son gérant, Dan Loeb, est convaincu
de l'honnêteté des dirigeants de l'entreprise et de la crédibilité de
son modèle controversé de distribution. Conscient du choc provoqué par
ses attaques sur Herbalife, Bill Ackman a paru cette semaine adopter un
ton plus mesuré. Il promet de verser à des organisations charitables les
profits qu'il pourra dégager de sa spéculation sur Herbalife.
Bill Ackman, un gérant de fonds provocateur:
Les
gérants de fonds spéculatifs (hedge funds) sont généralement muets.
Bill Ackman, gérant de Pershing Square Capital Management, fait figure
d'exception. À 46 ans, ce natif de la banlieue de New York gère près de
10 milliards de dollars et aime au contraire faire parler de lui. Le
succès de ses paris de centaines de millions de dollars sur
l'appréciation d'une action, ou au contraire sur son effondrement,
dépend souvent de sa capacité à défrayer la chronique.
En
intervenant publiquement pour plaider son point de vue, Bill Ackman
essaye de convaincre d'autres investisseurs de l'imiter. Ces critiques,
comme dans le cas de sa croisade contre Herbalife, l'accusent de
manipuler le marché. «Le métier de l'investissement exige que l'on ait
suffisamment confiance dans sa capacité à avoir raison alors que les
autres ont tort», affirme cet homme mince d'1,90 m aux cheveux gris et
au regard malicieux.
Son travail minutieux d'analyse du
portefeuille de MBIA l'ont conduit en 2002 à conclure que l'assureur
d'obligations municipales allait tout droit à la catastrophe pour avoir
garanti des milliards de dollars d'obligations gagées sur des créances
immobilières douteuses. L'implosion des «subprimes» en 2008 lui a donné
raison. Depuis il s'est illustré par des prises de positions dans le
capital de sociétés comme Target, Family Dollar, Fortune Brands et
Burger King dont il a exigé des changements de stratégies.
Mais
son grand pari en 2010 sur la restructuration radicale de la chaîne de
grands magasins JC Penney est à ce jour un échec, qui plombe la
performance de ses investissements.
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