
A Lille, une personne montre des plaquettes de pilule de troisième génération qui ne seront plus remboursées à compter du 31 mars.
Le déremboursement de cette pilule, une mesure de santé publique, aura un coût supplémentaire pour les patientes qui souhaiteront poursuivre leur traitement.
Si Marisol Touraine, ministre de la Santé, a décidé de dérembourser les pilules de troisième génération
pour des raisons sanitaires, cette décision devrait en même temps
permettre de réduire les dépenses de la Sécurité sociale. Le
remboursement de ce traitement lui coûte aujourd'hui quelque 16,3
millions d'euros, selon le ministère des Affaires sociales et de la
santé, confirmant les chiffres de la Caisse nationale d'assurance maladie, cités par La Tribune .
Une somme qui ne sera pas totalement économisée sachant que les femmes
vont certainement se reporter sur d'autres contraceptifs remboursés.
Dans un contexte où le déficit de la Sécurité sociale
a atteint 14,7 milliards d'euros en 2012, cette mesure n'est pas sans
intérêt. Pour autant, le ministère de la Santé ne cesse de le marteler:
«l'objectif du déremboursement n'est pas économique. Nous souhaitons
qu'avec leur médecin les femmes se posent la question de leur
contraception.»
En France, la pilule reste le premier moyen
contraceptif. Sur les 4,9 millions de femmes sous contraception, 1,5
million prennent la pilule de troisième génération, dont la plupart sont
remboursées à hauteur de 65%. En 2011, les Françaises se sont vues
prescrire environ 3,5 millions de boîtes. À compter du 31 mars, «les
ventes vont incontestablement fondre de plus de deux tiers», prévoit le
Dr Jean-Jacques Zambrowski qui enseigne l'économie de la santé à
l'université Descartes à Paris. De son côté le ministère de la Santé
s'est refusé à tout pronostic.
Si les prescripteurs auront pour
mission d'orienter les femmes vers des pilules de deuxième génération,
dans certains cas, des patientes vont probablement se retrouver dans
l'impasse. En effet, «toutes ne tolèrent pas les pilules de 1e et 2e
générations, rappelle le Dr Zambrowski. Certaines ont même trouvé un
confort hormonal quand la 3e génération est arrivée. Résultat, ces
patientes n'auront d'autres choix que de payer leur contraception au
prix fort», s'inquiète le médecin. «Il y a de fortes chances pour que
certaines renoncent à la pilule pour des raisons financières et que, par
conséquent, le nombre d'IVG augmente.»
Un coût de 29,04 à 140 euros par an:
Parmi
les 11 pilules et génériques qui ne seront plus remboursés, les
patientes qui souhaiteront garder leur contraceptif devront débourser
entre 7,26 euros et 35 euros pour une boîte de trois mois ou entre 29,04
et 140 euros par an. «Ces tarifs risquent d'augmenter», prévient le Dr
Zambrowski. «Dès qu'un médicament cesse d'être remboursé, c'est toujours
pareil. Les labos et les pharmaciens sont tentés de remonter leur prix
puisque leur volume baisse», analyse le spécialiste, qui estime que
cette hausse pourrait varier entre 10 et 30% du prix actuel. En somme,
«une plaquette qui coûte actuellement 2,90 euros pourrait passer à 4
euros».
Il reste la possibilité d'utiliser d'autres
contraceptifs, tels que le préservatif, l'implant, le stérilet, l'anneau
vaginal, les patchs, etc. Mais là encore, tous ne sont pas remboursés.
Seuls le stérilet et l'implant le sont à hauteur de 65%. «La décision
de dérembourser les pilules de 3e génération n'impactera pas le
remboursement des autres contraceptifs oraux ou autres», souligne le
ministère.
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