Les hôpitaux bénéficient de tarifs supérieurs à ceux des cliniques.
Les hôpitaux ne veulent pas que les cliniques puissent profiter pleinement du crédit d'impôt compétitivité-emploi. Ces dernières minimisent les gains qu'elles tireraient du dispositif à 130 millions d'euros seulement.
Guerre des chiffres avec, à la clé, des espèces sonnantes et
trébuchantes. Les cliniques et les hôpitaux, frères ennemis du monde de
la santé, négocient actuellement
avec le ministère de la Santé et Bercy leurs tarifs hospitaliers pour
2013.Il ne s'agit pas des sommes que les patients paient de leur poche
mais des montants versés par la Sécu aux établissements de santé, pour
chaque acte qu'effectuent ces derniers.
Ces discussions tendues -
en dépendent directement les revenus des établissements pour les douze
prochains mois - se déroulent tous les ans à la même époque en début
d'année. Mais, cette fois-ci, un dossier non moins épineux s'y est
greffé: le crédit d'impôt compétitivité-emploi
(CICE). Les cliniques privées, qui paient l'impôt sur les sociétés
(IS), vont profiter du dispositif présenté en fin d'année dernière par
le premier ministre Jean-Marc Ayrault, tandis que leurs concurrents
hôpitaux publics, qui ne paient pas l'IS, n'en profiteront logiquement
pas. La Fédération hospitalière de France (FHF, public) dénonce
toutefois un cadeau indu à la concurrence privée et demande qu'il soit
compensé via des baisses supplémentaires de tarifs.
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Officiellement abolie, la «convergence» se poursuit discrètement:
La
Fédération hospitalière privée (FHP) a protesté cette semaine en
minimisant l'impact positif du CICE sur le secteur. Cette mesure ne
rapportera que 133 millions d'euros nets en année pleine, avance-t-elle,
contre 230 millions d'euros précédemment estimé. «Toutes les
entreprises sans exception profiteront du CICE, pourquoi vouloir en
annuler l'effet pour les seules cliniques privées?», s'interroge
Jean-Loup Durousset, président de la FHP. Et d'observer: «Nous sommes
des entreprises quand cela arrange, des hôpitaux quand cela dérange.» De
sources concordantes, le gouvernement devrait trancher la semaine
prochaine sur une éventuelle baisse de tarifs supplémentaire infligée
aux cliniques pour compenser l'avantage lié au CICE.
Mais les
décisions finales ne devraient être prises jusqu'à fin février, et
déboucher de toute façon sur des baisses aussi bien pour le privé que
pour le public. Selon des chiffres provisoires, le ministère de la Santé
propose de diminuer les tarifs des cliniques de 0,53%, et ceux des
hôpitaux publics de 1,71%. «Ceci est incompréhensible, sauf si un choix
délibéré a été fait par le gouvernement en faveur du secteur commercial,
au détriment du service public», a réagi Frédéric Valletoux, président
de la FHF, dans une lettre ouverte à la ministre de la Santé Marisol
Touraine.
Il est vrai que le relatif bon traitement des cliniques,
s'il est confirmé, est paradoxal de la part d'un gouvernement qui veut
«redonner confiance à l'hôpital», comme le répète souvent Marisol
Touraine, et qui a supprimé en 2012 le principe de «convergence
tarifaire» entre privé et public. Alors que le premier doit se contenter
de tarifs moins élevés que le second, la majorité précédente de droite
avait décidé de mettre fin progressivement à cette différence de
traitement qui plombe les comptes de la santé. Les premiers chiffres de
la campagne tarifaire 2013 semblent donc montrer que la convergence
continue malgré tout, plus discrètement. Dans une certaine mesure
toutefois: l'enveloppe d'environ 6 milliards d'euros consacrée aux
missions d'intérêt général des établissements (urgence, accueil de
publics précaires...), allouée pour l'essentiel aux hôpitaux,
progressera, elle, de 2,86%.

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