Vendredi 25 janvier, assemblée générale des actionnaires de Banca Monte dei Paschi di Siena.
La découverte de pertes de trading dans l'établissement de Sienne se mue en scandale politique, quelques semaines avant les prochaines élections parlementaires italiennes.
Il n'aura fallu que quelques jours pour ruiner les cinq siècles de
vénérable réputation de Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS). Au cœur
d'un scandale financier aux teintes très politiques, la plus ancienne
banque du monde pourrait à terme perdre son indépendance. L'institution
toscane est menacée par la découverte de pertes de trading de plusieurs
centaines de millions d'euros. Les positions à l'origine de ces pertes,
révélées par la presse italienne la semaine dernière, ont été prises
entre 2008 et 2009. Les nouveaux dirigeants de BMPS auraient «trouvé»
ces contrats de dérivés explosifs fin 2012 en passant les comptes de la
banque à la paille de fer.
Le silence de la direction précédente
de la banque, de ses régulateurs ou des politiques qui ont donné leur
feu vert à un premier sauvetage public de l'institution en 2009 n'en
finissent pas d'étonner. La Banque d'Italie, l'autorité des marchés, la
coalition de gauche du pays, qui tient la ville de Sienne, et jusqu'à Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), sont sommés de s'expliquer.
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Nationalisation possible:
À
Sienne, les habitants peinent à encaisser le choc. Leur brillante cité a
prospéré depuis le XVe siècle sur les dividendes de l'institution,
qu'ils détiennent encore à 35% via une fondation charitable. Vendredi,
les Siennois sont ainsi venus par centaines exprimer leur désarroi et
leur colère lors de l'assemblée générale des actionnaires de
l'établissement. Des cris de «honte» ou «voleurs» ont ponctué les
interventions des dirigeants, qui venaient demander à l'assemblée la
validation du nouveau plan de sauvetage de BMPS par l'État, qui passe
par un prêt public de 3,9 milliards d'euros.
À 98%, les
actionnaires ont autorisé leur conseil à procéder, en cas d'incapacité à
rembourser l'État, à des augmentations de capital jusqu'à 6,5 milliards
d'euros. Le plan a ensuite été approuvé par la Banque d'Italie, samedi.
Selon le schéma prévu, la banque va émettre pour 3,9 milliards d'euros
d'obligations qui seront souscrites par le Trésor italien.
L'établissement versera un coupon élevé, de 9%. Si BMPS ne parvenait pas
à rembourser Rome, le scénario noir de la nationalisation se
profilerait. Alessandro Profumo, le président de l'établissement, se
défend d'une telle issue: l'intention du groupe est «de rembourser»,
a-t-il assuré. Le président du Conseil italien, Mario Monti, a déclaré de son côté que la nationalisation était, selon lui, «une hypothèse lointaine».
«Il n'y a pas d'autres placards à ouvrir»:
Mais
le chemin du redressement s'annonce ardu en raison du passif de
l'établissement, qui a multiplié les erreurs depuis 2007. La banque
devrait ainsi clore ses comptes 2012 sur un trou supérieur à 2 milliards
d'euros. Le résultat final dépendra de l'ampleur des fameuses pertes de
trading. La direction évoque pour l'instant le chiffre de 720 millions
d'euros. Sans donner plus de détails. Le directeur général, Fabrizio
Viola, s'est toutefois voulu rassurant en déclarant que, à leur
«connaissance, il n'y a pas d'autres placards à ouvrir». Il faut
l'espérer pour la survie de BMPS: la valorisation en Bourse de la
troisième banque italienne est passée sous la barre des 3 milliards
d'euros, après une chute de plus de 20% de son titre la semaine
dernière.
Les opérations de trading incriminées remontent à 2008
et 2009. Afin de mitiger des pertes réalisées l'année précédente, la
direction de BMPS s'était lancée dans des opérations de dérivés
complexes, avec Nomura et Deutsche Bank.
La direction de
l'établissement de l'époque apparaît, bien sûr, en première ligne. Le
président jusqu'à 2011, Giuseppe Mussari, s'est pour l'instant mollement
défendu, assurant qu'il «n'avait rien fait de mal». Après l'acquisition
dramatique en 2007 de la banque régionale Antonveneta, à un prix deux
fois supérieur aux valorisations de l'époque, les dirigeants ont tâtonné
pour tenter de redresser la barre. En 2008, une augmentation de capital
de 5 milliards d'euros permet ainsi de financer l'opération et
d'investir massivement dans des titres souverains italiens, havre de
sécurité à l'époque. Les opérations de dérivés datent aussi de cette
époque-là, tout comme le premier sauvetage public, validé par l'actuel
président de la BCE, Mario Draghi, alors gouverneur de la Banque
d'Italie
La gauche ébranlée:
Dans un climat électoral
électrique, la découverte soudaine de ces nouveaux contrats vient ravir
les adversaires du président du Conseil sortant, Mario Monti, réputé
proche des milieux de la finance. «Monti a donné à Monte Paschi
4 milliards d'euros et il doit expliquer pourquoi (…). Il ne peut pas
nier sa responsabilité dans ce désastre, responsabilité qu'il porte lui
et lui seul», a ainsi déclaré le dirigeant de la Ligue du Nord, Roberto
Maroni, un allié de Berlusconi. La coalition de gauche, avec laquelle
Monti devait chercher une alliance après le scrutin, est ébranlée par le
scandale. Le parti pilier de cette coalition, contrôle en effet depuis
des années la fondation actionnaire de BMPS, via la municipalité de
Sienne.

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