François Hollande a prononcé un discours clé sur l'Europe à Strasbourg. Sur les sujets économiques et monétaires, il n'hésite pas à prendre le contrepied de l'Allemagne.
Le président français a mis les pieds dans le plat, mardi à Strasbourg, sur les sujets économiques et financiers du moment, n'hésitant pas à critiquer l'Europe et la zone euro pour leur inaction face au chômage et à la récession.
«Je ne veux pas condamner l'Europe à une politique d'austérité sans fin», a insisté François Hollande. «Le désendettement, la compétitivité, c'est important, mais cette politique doit être appliquée avec discernement».
C'est une grosse pierre dans le jardin d'Angela Merkel. Mais pas la seule. La France appelle les «pays à excédents» - l'Allemagne -, à relancer leur demande intérieure pour aider les exportations des pays voisins, notamment la France, qui est le premier partenaire commercial de Berlin.
François Hollande a fustigé l'euro fort, jugeant que le niveau actuel de la monnaie unique «ne correspond pas à l'état réel de son économie». «On ne peut pas laisser notre monnaie fluctuer selon les humeurs des marchés», a-t-il affirmé. La France appelle l'Europe à reprendre le contrôle de «sa politique de change», suggérant une action commune au niveau de l'Eurogroupe et du G20.
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Eurobonds, le «chiffon rouge»:
Reprenant
un cheval de bataille de Nicolas Sarkozy, François Hollande demande
«une réforme du système monétaire international». «Sinon, nos efforts de
compétitivité seront annihilés» par le cours élevé de l'euro, a-t-il
indiqué.
Le chef de l'État fait fi de l'indépendance de la Banque centrale européenne
et de son mandat principal, qui n'est pas la croissance, ni le taux de
change, mais la lutte contre l'inflation. Prêt à confronter la BCE, dont
il a salué l'action face à la spéculation, il a demandé un
«gouvernement de la zone euro».
L'euro qui est retombé sous la
barre des 1,35 dollar en début de matinée, en raison des inquiétudes sur
l'Espagne et l'Italie, reprenait son mouvement de hausse face au billet
vert. La monnaie unique est à son plus haut niveau face au dollar
depuis mi-2011.
François Hollande a également remis sur le tapis
européen le sujet des «Eurobonds», véritable chiffon rouge pour les
Allemands. C'est tout le sens de son plaidoyer pour une «intégration
solidaire»: oui à plus de discipline budgétaire, mais en contrepartie la
France réclame des «nouveaux instruments financiers» qui instaurent une
solidarité de fait entre les États emprunteurs.
Dans le même
ordre d'idées, François Hollande plaide pour un budget de la zone euro,
qui instaurerait une autre forme de solidarité financière avec
l'Allemagne.
Défense de la politique agricole commune:
Sur
le budget européen 2014-2020, qui sera l'objet du Conseil européen
jeudi, François Hollande s'est montré très défensif, traçant ses lignes
rouges: non à une révision à la baisse de la politique agricole commune,
dont la France est le premier bénéficiaire; non à de nouveaux «chèques
et rabais»; non à un sacrifice des fonds structurels, dont bénéficient
les pays du sud de la zone euro, la Pologne, mais aussi la France; non à
une baisse du budget recherche et développement.
La France veut
un budget européen ambitieux qui ne sacrifie pas tout à l'austérité.
«Les économies, je suis pour, mais affaiblir l'économie, non», a déclaré
François Hollande, prêt à croiser le fer à Bruxelles avec David Cameron
et Angela Merkel, qui défendent des coupes de 20 à 30 milliards d'euros
dans le prochain budget.
Sur sa défense de la PAC, François
Hollande a été vivement attaqué par l'eurodéputé Daniel Cohn-Bendit, qui
fustige une politique injuste, axée sur les grandes exploitations déjà
très riches, et destinée à soutenir un secteur agroalimentaire très
puissant en France.

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