«Il faudrait que Laurence Parisot dise que toute
modification de la gouvernance, si elle est décidée, ne s'appliquera pas
à elle», avance Pierre Gattaz.
Pierre Gattaz, président du Groupement des fédérations industrielles (GFI) et PDG du groupe Radiall, présente son programme pour la présidence du Medef.
Notre site. - Pourquoi vous opposez-vous à ce que Laurence Parisot reste deux ans de plus?
Pierre GATTAZ. -
Encore une fois, je n'ai rien contre Laurence Parisot qui a fait le
job. Mais elle le fait depuis huit ans et a connu trois présidents de la
République. Le Medef a besoin de respirer et se doit de montrer
l'exemple en ne modifiant pas les règles du jeu six mois avant une
élection. Avec cette proposition de modification des statuts, nous ne
parlons plus des entreprises, de la situation économique. Il faudrait
que Laurence Parisot dise que toute modification de gouvernance, si elle
est décidée, ne s'appliquera pas à elle. Et surtout changer les
statuts, pour quoi faire? Pour moi, ce serait pour raccourcir les
mandats afin de permettre à des entrepreneurs de terrain de présider le
Medef et de ne pas délaisser longtemps leur entreprise.
Avec
de tels arguments, on ne changera jamais de président car il n'y a
jamais de bon moment. Il y a des statuts et ils doivent s'appliquer.
Quant à l'atout de l'expérience, Laurence n'en avait pas quand elle a
été élue en 2005. Pour ma part, j'ai quinze ans d'implication dans les
instances et de direction d'organisation. Je connais autant les missions
et les enjeux du Medef que la machine de l'intérieur.
Pierre Gattaz veut «un Medef de conquête et apolitique».
Pourquoi vous présentez-vous?
Ce
qui me mobilise, c'est de voir que la France ne va pas bien. On parle
trop d'économie de façon financière et spéculative. Or, c'est l'économie
qui tire le social et le sociétal. Je me présente pour le marteler. Je
veux bâtir un Medef de conviction, de propositions et de combat pour
lutter contre les idéologies et faire de la pédagogie. Cela fait trente
ans que je voyage dans le monde et je suis stupéfait de voir à quelle
vitesse les pays émergents ont accepté l'économie de marché. En France,
nous avons voté un budget 2013 avec une fiscalité punitive, dogmatique
et contre-productive. On ne peut pas passer son temps à taper sur les
entreprises, les entrepreneurs et les actionnaires. Si François Hollande
nous avait dit que nous, les entrepreneurs, sommes les acteurs clefs de
l'économie mais qu'on allait devoir participer au redressement de la
France en attendant les réformes de la sphère publique, nous aurions
compris. Il ne faut jamais oublier que les déficits d'aujourd'hui sont
les impôts de demain et le chômage d'après-demain.
Votre programme est donc offensif, voire politique?
Je
veux un Medef de conquête et apolitique. Et au-delà de la bonne marche
des entreprises, on doit s'approprier certains thèmes extérieurs, qui
ont un impact sur la compétitivité des entreprises, comme le rôle de
l'État et de l'Europe, le commerce international, la politique
monétaire, l'environnement… et se créer des convictions profondes.
Ensuite, nous devons expliquer, convaincre que la France peut gagner, va
gagner. On a des argumentaires à porter, une vision à proposer. Nous
devons orienter l'avenir si on ne veut pas qu'on le fasse à notre place.
Comment comptez-vous diriger le Medef si vous êtes élu en juillet?
Je
propose un Medef de terrain, à l'écoute des entrepreneurs, qui
travaille avec et pour eux. Nous devons absolument parvenir à définir,
ensemble, un environnement «5 s»: simple, stabilisé, serein fiscalement,
souple socialement et sécurisé juridiquement. Chaque loi devrait être
précédée d'une étude d'impact sur ses conséquences en termes d'emploi et
de croissance. Je veux aussi un Medef de reconnaissance: les
entrepreneurs en France ne sont pas considérés. L'entreprise, ce n'est
pas la lutte des classes mais avant tout des innovations, des projets de
croissance, des technologies qu'on exporte, des hommes et des femmes
qui inventent la société de demain, des salariés qui prennent du plaisir
à venir travailler. L'entreprise, c'est le risque permanent et
l'adaptation en continue. Mais on ne pourra le faire que si nous avons
un Medef de rassemblement qui agrège tous les talents, à tous les
niveaux. Le patronat doit dépasser ses gauloiseries, chasser en meute,
travailler ensemble…
Pour Pierre Gattaz, «il est fondamental est de tailler dans les dépenses publiques».
Quel est, selon vous, le problème numéro un à régler d'urgence?
La
France a toujours un problème de compétitivité coût. Nous avons été
agréablement surpris par le pacte de compétitivité, mais ce n'est qu'un
premier pas. Le crédit d'impôt de 20 milliards reste lent et compliqué à
mettre en œuvre - il faut dépenser pour être remboursé - et
insuffisant. Avec ce pacte, le gouvernement a compensé les hausses de
prélèvements des dernières années et on est revenu à la situation de
2008, pas plus.
Il faut donc aller plus loin?
Oui,
car les entreprises n'ont pas gagné en compétitivité. Porter le crédit
d'impôt à 50 milliards avec des transferts de cotisations sur des
assiettes plus larges, type TVA ou CSG, pour baisser le coût du travail,
est un préalable. Mais il est fondamental est de tailler dans les
dépenses publiques. Et le Medef peut y aider. Nous optimisons nos
structures depuis des décennies ; nous passons nos dépenses à la toise
tous les jours. Les pouvoirs publics peuvent s'inspirer de la gestion
des entreprises et des méthodes de mobilisation de nos salariés pour y
arriver.
Vous êtes le fils d'un ancien patron des patrons. C'est un handicap?
Pas
du tout. Mon père, Yvon, a été élu président du CNPF en 1981, il y a
plus de trente ans. Or, le monde a changé. Ce qui compte n'est pas mon
nom mais mon expérience, mon engagement, mes idées. Même si je le
voulais, je ne pourrais pas gommer ma filiation. C'est comme ça. C'est
une force et j'en suis fier.
Vous irez jusqu'au bout si l'UIMM décide de ne pas vous soutenir?
Le
processus de désignation à l'UIMM est transparent. La convention du
6 mars débouchera sur le programme de la métallurgie pour le Medef, puis
tous les candidats devront se positionner par rapport à lui. C'est
comme une compétition sportive, le meilleur gagnera. Et si l'UIMM, dont
je suis membre du bureau, décidait de soutenir un autre candidat que
moi, je continuerais.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire