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samedi 5 mars 2011

La BCE brandit l'arme des taux pour peser dans le débat politique.

Désireuse de voir les gouvernements de la zone euro prendre des mesures plus radicales, la BCE s'apprête à durcir sa politique. Une manière de dire qu'elle ne veut plus payer les pots cassés.


Pour un certain nombre d'observateurs, la quasi-annonce jeudi 3 mars d'une hausse des taux de la Banque centrale européenne (BCE) en avril revêt d'autres objectifs que celui de contenir l'inflation. En durcissant le ton aussi fortement, l'institution de Francfort aurait cherché à envoyer un message politique aux dirigeants européens.
« Elle ne veut plus être perçue comme celle qui paie pour tout le monde », a résumé l'économiste de Harvard, Kenneth Rogoff, interrogé par Bloomberg.


L'argument de l'inflation, pas crédible selon certains professionnels:
L'argument de l'inflation qui a été mis en avant n'est en effet pas crédible selon plusieurs spécialistes. « Le fait de remonter le loyer de l'argent en avril est contradictoire avec les projections, les développements monétaires et l'environnement incertain », relève Natacha Valla, chez Goldman Sachs.
L'économiste -ancienne de la BCE -note que la banque centrale prévoit une inflation de « seulement » 1,7 % en 2012 et qu'elle part de l'idée que les chocs actuels sur les prix ne sont pas de nature pérenne. « Par ailleurs, il est impossible d'affirmer à ce stade que l'évolution des agrégats monétaires -qui sont des indicateurs traditionnels de l'inflation à moyen terme -envoie un signal inquiétant sur les prix du point de vue de la BCE et de son mandat . »
Les vraies raisons sont donc ailleurs. La banque centrale agirait « par mesure de représailles contre les gouvernements » de la zone euro, selon l'expression de Natacha Valla.
Jeudi, Jean-Claude Trichet a souligné combien la BCE regrettait le manque d'ambition des autorités politiques européennes : non seulement les propositions initiales de la Commission européenne ne représentaient pas un véritable tournant, mais celles-ci ont été encore allégées à la demande des gouvernements, a-t-il déploré.
« Nous avons un message très fort à adresser au Parlement européen : les mesures ne vont pas assez loin ; nous comptons sur le Parlement pour aider l'Europe à tirer les leçons de gouvernance de la crise », a déclaré Jean-Claude Trichet sur un ton grave.


Relever les taux peut causer des dommages collatéraux:
« Une politique monétaire moins accommodante va accroître la pression sur les gouvernements pour qu'ils prennent des décisions à la fois sur la crise de la dette souveraine et la faiblesse de leur secteur financier », explique Ciaran O'Hagan chez Société Générale.
Autrement dit, la BCE ne veut plus payer les pots cassés et entend mettre les gouvernements face à leurs responsabilités avant des échéances majeures pour la zone euro : les sommets des Chefs d'Etat et de gouvernement des 11 et 25 mars sont censés apporter les solutions à la crise de la dette souveraine.
Certains jugent néanmoins qu'utiliser l'arme des taux pour peser dans le jeu politique est dangereux. « Des politiques budgétaires moins expansives dans la zone euro auraient été la meilleure option ; relever les taux peut causer des dommages collatéraux », conclut le stratège de la Société Générale.

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