Le gouvernement britannique souhaite savoir si le groupe de Rupert Murdoch,
déjà contraint de renoncer à son offre de rachat complet de BSkyB, peut
rester actionnaire de chaînes de télévision en Grande-Bretagne, a
déclaré jeudi le vice-Premier ministre Nick Clegg.
Le groupe News
Corp a déjà fermé brutalement le tabloïd britannique News of the World,
il a aussi renoncé, au moins provisoirement, à acquérir les 61% du
bouquet satellite BSkyB qu'il ne possède pas encore, mais il ne parvient
toujours pas à éteindre l'incendie déclenché par les révélations sur
les pratiques imputées à ses journaux en Grande-Bretagne.
Le feu
semble même gagner les Etats-Unis, où des sénateurs influents réclament
une enquête sur News Corp, et l'Australie, pays natal de Rupert Murdoch, où le gouvernement pourrait réformer la loi sur les médias.
La
police britannique a par ailleurs interrogé jeudi un neuvième suspect
dans l'enquête, rouverte en janvier, sur les écoutes téléphoniques
illégales imputées à News of the World. D'après les médias, il s'agirait
d'un ancien rédacteur en chef du tabloïd.
Face à l'émoi suscité par les révélations sur les pratiques des journaux de Rupert Murdoch,
également accusés de corruption de policiers, News Corp a annoncé
mercredi qu'il renonçait à acquérir totalement BSkyB. Au même moment,
les parlementaires britanniques, dans une rare union, proclamaient leur
opposition à ce projet.
CLEGG SE DÉMARQUE DE CAMERON:
Nick Clegg a
affirmé jeudi que l'agence britannique de régulation des médias,
l'Ofcom, avait entrepris d'examiner dans quelle mesure News Corp, dont
la branche britannique News International est au coeur du scandale,
pourrait être autorisé à conserver sa part existante de 39% dans BSkyB.
"Il
est évident que de fortes interrogations existent aujourd'hui quant à
l'aptitude de News International (à être impliqué dans les chaînes de
télévision) et c'est exactement ce que l'Ofcom examine en ce moment", a
dit le vice-Premier ministre à l'antenne de la BBC Radio 4.
"Ce qui
n'est pas suffisamment clair à mes yeux, c'est la manière dont c'est
évalué", a ajouté le chef de file des libéraux démocrates, partenaires
des conservateurs au sein de la coalition gouvernementale.
News of
the World est accusé d'avoir piraté, avec l'aide d'enquêteurs privés,
les messageries téléphoniques de milliers de personnes - des
protagonistes de faits divers, des vedettes, des proches de militaires
tués en Afghanistan et même, peut-être, de responsables de la police -
et d'avoir corrompu des policiers pour obtenir des scoops.
En
Grande-Bretagne, l'affaire a des répercussions politiques car le Premier
ministre David Cameron a engagé comme porte-parole un ancien rédacteur
en chef de News of the World, Andy Coulson, qui a désormais démissionné
de ses fonctions auprès du chef du gouvernement.
Nick Clegg a tenté jeudi de se démarquer de cette décision.
"Nous
en avons discuté, bien sûr. Mais au bout du compte, je choisis mes
collaborateurs et David Cameron choisit les siens", a-t-il dit.
Les parlementaires britanniques ne comptent pas en rester là avec Rupert Murdoch, dont l'influence sur la classe politique est désormais dénoncée, et ils lui ont demandé, ainsi qu'à son fils James et à Rebekah Brooks, la patronne de News International, de venir témoigner mardi prochain devant leur commission des médias.
DÉBAT OUVERT EN AUSTRALIE:
L'homme
d'affaires, qui possède la nationalité américaine, leur a adressé jeudi
une fin de non-recevoir en prévenant qu'il répondrait uniquement aux
questions de la commission d'enquête publique annoncée par David
Cameron.
Son fils James, qui devrait lui succéder un jour à la tête
de News Corp, a pour sa part répondu qu'il ne pourrait se présenter
devant la commission parlementaire avant le mois d'août.
Rebekah Brooks,
amie de David Cameron et ancienne rédactrice en chef de News of the
World, a accepté de témoigner devant les parlementaires, tout en
prévenant qu'elle pourrait ne pas être en mesure de répondre à toutes
leurs questions en raison de l'enquête de police en cours.
News Corp
est aussi fragilisé aux Etats-Unis, où il possède notamment la chaîne
d'information Fox News et le Wall Street Journal, et en Australie, où il
est propriétaire d'environ 150 quotidiens ou magazines, dont les
principaux journaux du pays tels que le Daily Telegraph de Sydney et le
Sun Herald de Melbourne.
"Voir des choses comme ça, des violations de
la vie privée, notamment de personnes angoissées et terrassées par le
chagrin. Tout cela m'écoeure", a déclaré le Premier ministre australien,
Julia Gillard, devant le Club de la presse australienne.
"J'imagine que nous allons discuter avec les parlementaires de la meilleure manière de traiter tout cela", a-t-elle ajouté.
Aux
Etats-Unis, trois sénateurs influents ont demandé au ministère de la
Justice et à l'autorité de régulation des marchés, la SEC, d'ouvrir une
enquête sur d'éventuelles pratiques illégales de News Corp sur le
territoire américain.

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