À Madrid, des manifestants reprochent à Rodrigo Rato, dont ils portent le masque, son échec à la tête de Bankia.
L'Espagnol Rodrigo Rato avait démissionné du FMI, cédant la place à Dominique Strauss-Kahn. Il suscite aujourd'hui la réprobation de ses compatriotes pour avoir mené Bankia à la faillite et parce qu'il «rebondit» au conseil de Telefonica.
ll est devenu depuis quelques jours l'une des têtes de Turc des
manifestations «anti-austérité» qui se développent en Espagne. Rodrigo
Rato a en effet été nommé le 5 janvier dernier au conseil de Telefonica,
le principal groupe de téléphonie espagnol, huit mois après avoir dû
quitter en catastrophe la présidence de Bankia.
Et c'est bien ce qui choque l'opinion publique espagnole, que l'on
puisse retrouver un bon poste après un échec aussi retentissant. «Tous
corrompus» est le nouveau mot d'ordre des mouvements de protestation.
Non
seulement Rato a conduit à la banqueroute l'établissement qu'il
dirigeait, mais une procédure pour corruption et maquillage d'écritures a
été instruite à son encontre. Il a par ailleurs eu l'honneur d'être
classé parmi «les cinq pires PDG de la planète en 2012» par Sydney
Finkelstein, un ancien professeur de management à Dartmouth College,
dont les travaux sur les échecs des managers font autorité.
L'ancien
ministre des Finances du gouvernement Aznar avait mystérieusement
démissionné «pour raisons personnelles» de son poste de directeur
général du FMI en juillet 2004. C'est ainsi que la place s'était libérée
pour Dominique Strauss-Kahn, porté par la classe politique française unanime et enthousiaste à ce poste prestigieux.
-->
Issus du monde politique:
Une curieuse malédiction semble manifestement peser sur les trois derniers anciens patrons du FMI.
Ils sont tous issus du monde politique. Et c'est nouveau dans une
organisation qui traditionnellement ne recrutait que des hauts
fonctionnaires. Leur autre point commun est qu'aucun d'entre eux n'a pu
ou voulu terminer son mandat.
Rodrigo Rato fut considéré à son
apothéose de grand argentier comme le principal artisan du «miracle
économique espagnol de 1996 à 2004». Battu aux élections espagnoles de
mars 2004, il avait profité de la démission de l'Allemand Horst Köhler
pour se propulser au FMI. Quant à ce dernier, il avait de lui-même
interrompu sa mission à Washington pour devenir le 9e président
d'Allemagne à Berlin.
Même si ce poste est essentiellement honorifique, le gouvernement du pays revenant à la Chancellerie, Köhler avait pourtant été conduit à se démettre en 2010,
et de façon peu glorieuse. Justifiant alors l'intervention allemande en
Afghanistan, il avait expliqué, dans un entretien, qu'«en tant que pays
fortement dépendant des exportations, l'Allemagne… se devait d'assurer
les circuits commerciaux et prévenir les instabilités régionales». Ces
propos d'une naïveté confondante avaient mis fin à son second mandat de
président.
Si «la roche Tarpéienne est proche du Capitole», comme
l'on sait, il faut être également prévenu: il peut être périlleux de
quitter l'enceinte dorée du Fonds monétaire international.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire