François Hollande et Jean-Marc Ayrault, le 9 janvier à l'Élysée.
Après la censure de cette mesure, la gauche cherche une solution alternative.
Le carrosse s'est transformé en citrouille. Sous les critiques du Conseil constitutionnel, le coup de maître de la taxe à 75 % lors de la campagne présidentielle s'est finalement transformé en boulet pour François Hollande.
Il y a un an, la mesure avait contribué à le dépeindre en homme
vraiment de gauche et à faire douter les électeurs qui penchaient pour Jean-Luc Mélenchon.
Y renoncer aujourd'hui aurait l'effet inverse: le faire apparaître en
social-démocrate bon teint et couper la dernière amarre qui attache
François Hollande à la gauche du PS.
Or jeudi, Europe 1 a annoncé que le président de la République s'apprêtait à renoncer à cette promesse de campagne.
Une information immédiatement démentie, et «formellement», par les
services de Matignon et de Bercy. Il n'empêche. Depuis la censure de la
taxe à 75 % sur les revenus supérieurs à un million d'euros par le
Conseil constitutionnel, pour cause de rupture d'égalité devant l'impôt,
Matignon rame en cherchant une mesure alternative. Autour du premier
ministre, on le reconnaît d'ailleurs, «on travaille sur plusieurs
hypothèses, ce ne sera peut-être pas 75 %».
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Aucune date, aucune précision:
Dans l'après-midi, la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, s'est même bien gardée d'avancer le moindre chiffre. Tout comme Jean-Marc Ayrault:
«Le gouvernement travaille à trouver une solution de remplacement qui
soit conforme à la décision du Conseil constitutionnel, parce qu'il ne
s'agit pas de renoncer. C'est ce à quoi nous travaillons», a indiqué le
premier ministre.
Lors de ses vœux à la presse, Alain Vidalies,
le ministre chargé des Relations avec le Parlement, confirme: «Il n'est
pas envisagé de renoncer à mettre en place un dispositif (…). Nous
sommes toujours dans le travail d'élaboration d'un texte alternatif.»
Mais aucune date ni aucune précision ne sont apportées.
L'affaire est d'autant plus symbolique qu'elle a alimenté la polémique sur l'exil fiscal de l'acteur Gérard Depardieu
en Russie. Promise à l'aile gauche du PS, cette «contribution
exceptionnelle de solidarité», prévue pour deux ans, est estimée à
210 millions d'euros en 2013 et en 2014, soit 0,28 % des recettes
attendues de l'impôt sur le revenu en 2013 (72,6 milliards d'euros).
Mais
de la même façon que la droite n'a jamais osé affronter l'opinion
publique en supprimant purement et simplement l'ISF (impôt de solidarité
sur la fortune), préférant s'atteler à en atténuer les effets, la
gauche peut difficilement renoncer à mettre à contribution les revenus
les plus élevés en cette période de crise. Toute la difficulté est de
trouver une nouvelle mouture qui ne soit pas, à son tour, frappée
d'inconstitutionnalité en raison d'un taux jugé «confiscatoire».
Au
Parlement, les élus socialistes demandent au gouvernement de tenir bon.
«Cette mesure a une symbolique très forte. Elle doit être rétablie sous
la forme que choisira le gouvernement», a estimé jeudi François Rebsamen, le président du groupe PS au Sénat.
Marge de manœuvre étroite:
À
l'Assemblée, la tonalité est la même. Peu favorable, au départ, à cette
mesure, Danièle Hoffman-Rispal, députée de Paris, juge qu'il «serait
dommage de ne pas faire ce qui a été annoncé dans ce domaine». Mais elle
plaide «pour un impôt véritablement progressif». Thierry Mandon,
porte-parole du groupe PS, ajoute: «Autant je pense qu'il faut trouver
le moyen de taxer les très hauts revenus, autant il ne faut pas prendre à
nouveau le risque de l'inconstitutionnalité en rentrant deux fois dans
le mur !» «Le taux de 75 % n'est pas jouable, même si on prend
l'assiette du couple», ajoute le député de l'Essonne. C'est dire si la
marge de manœuvre du pouvoir est étroite. À l'aile gauche du PS, Mathieu
Hanotin n'en démord pas: «Il faut que cet engagement soit tenu, et que
le principe d'une contribution exceptionnelle des hauts revenus
s'applique dès les revenus 2013.» Le député de Seine-Saint-Denis
souhaite que cet effort perdure jusqu'à «la sortie de crise», s'il le
faut au-delà de deux ans. La question se posera fatalement.

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