Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, ici à la sortie du Conseil des Ministres, en novembre à l'Elysée.
La censure par le Conseil constitutionnel de la taxe à 75 % transforme l'étude des différentes options en vrai problème technique.
Bien que l'exécutif n'ait d'autre choix que de la démentir, l'idée
d'abandonner toute forme de taxe sur les riches fait bel et bien son
chemin. «La nouvelle mouture de la taxe à 75 %?
Nous avons jusqu'à la loi de Finances 2014 pour y réfléchir»,
faisait-on pourtant valoir depuis plusieurs jours dans les rangs du
gouvernement. «L'abandon d'un nouveau dispositif est une solution
théorique», assurait un ministre, reconnaissant qu'il fallait «trouver
une solution politiquement défendable et techniquement acceptable».
Une
ligne, en réalité, bien difficile à tenir. Non seulement l'exécutif ne
veut pas remettre de l'huile sur le feu dans une actualité marquée par
de symboliques exils. Mais la censure par le Conseil constitutionnel
- qui considérait que la taxe créait une rupture d'égalité devant
l'impôt, en prenant en compte les revenus individuels des contribuables
et non ceux du ménage - transforme l'élaboration d'un nouveau dispositif
en vrai casse-tête technique.
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Trois pistes à l'étude:
Plusieurs
options tournent dans les ordinateurs de Bercy et aucune n'est
satisfaisante. Une première piste consiste à conserver la taxe avec la
même assiette que celle prévue (les salaires supérieurs à 1 million
d'euros, sans les revenus du capital), mais en la «conjugalisant» par
foyer. Un détail d'importance: en décidant de caler la taxation sur les
revenus supérieurs à 1 million par part, soit 2 millions pour un couple,
la mesure concernerait alors trop peu de ménages. En plaçant la barre à
1 million d'euros par foyer, l'imposition toucherait à l'inverse
beaucoup trop de monde. Dans ce schéma, il faudrait aussi l'assortir
d'un taux considéré comme non confiscatoire - clairement rappelé par le
Conseil constitutionnel - ce qui ferait perdre tout le symbole de la
taxe à 75 %. En outre, elle ne rapporterait quasiment rien… Bref, elle
n'aurait plus aucun intérêt ni politique, ni économique.
Une
seconde option vise à créer une nouvelle tranche d'impôt supérieure sur
le revenu. La question du taux se pose alors: il ne pourrait guère
dépasser 50 % pour ne pas être aussi jugé confiscatoire (il faudrait y
ajouter la taxe exceptionnelle à 4 % sur les hauts revenus et les 15,5 %
de prélèvements sociaux sur les revenus du capital) par les sages de la
rue Montpensier.
Une dernière piste repose enfin sur une taxation
à la source, via l'employeur. L'entreprise serait alors surtaxée sur
les salaires supérieurs à un million. La mesure aurait ainsi un effet
dissuasif. Mais ce système aurait le fâcheux inconvénient de ne
concerner que les salariés, mais pas les non-salariés, les indépendants,
les professions libérales, les artistes, etc. Il n'est par ailleurs pas
dit que les entreprises maintiennent le salaire de leurs cadres -
lesquels seraient de leur côté épargnés par le nouvel impôt.
Interrogée jeudi, la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem
a indiqué que «le gouvernement est en train de travailler: travailler à
arbitrer le taux, l'assiette, les modalités exactes de cette taxe qu'il
s'agit de reproposer dans des conditions qui permettent qu'elle ne soit
pas à nouveau censurée par le Conseil constitutionnel».

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