Assemblée générale ce lundi matin à Aulnay-sous-Bois.
L'usine a rouvert ses portes après 10 jours d'arrêt, mais ne produit qu'au compte-gouttes. Les grévistes ont voté la reconduction de la grève. De nombreux salariés se plaignent des pressions exercées sur eux.
Ambiance pesante, lundi matin, à l'usine PSA Peugeot Citroën
d'Aulnay-sous-Bois, qui rouvrait ses portes après dix jours d'arrêt. Au
bout de la ligne de montage, environ 200 cadres, alignés en gilet de
sécurité jaune phosphorescent, sont venus d'autres sites du groupe pour
«rassurer» les ouvriers qui ont choisi de travailler et «éviter que ça
dégénère», explique l'un deux qui, comme tous les non-grévistes, insiste
pour rester anonyme. Environ 180 grévistes, portant pour la plupart des
badges CGT ou SUD, sont rassemblés juste en face et huent copieusement
ces salariés venus en renfort.
Les sifflets redoublent
d'intensité chaque fois qu'une C3 est retirée de la fin de la ligne de
production à l'aide d'un tire-palette. «Nous sommes obligés d'effectuer
cette tâche à la main, car une trentaine de clés de contact ont été
volées. Nous avons demandé au fournisseur de les refaire», précise un
responsable.
La production n'a en fait repris qu'au
compte-gouttes. Un cadre estime qu'une vingtaine de voitures ont pu être
faites ce lundi matin - et moins de 50 vers 17 heures -, contre environ
700 par jour avant l'annonce de la fermeture, en juillet dernier.
Quelques intérimaires travaillent sur les chaînes, mais les ouvriers
sont rares. «Il y a à peu près autant de grévistes que les jours
précédents, soit 400 pour la journée. D'habitude, on sait faire tourner
l'usine comme cela, mais ce qui rend les choses plus compliquées, c'est
l'absentéisme, qui atteint 110 à 130 personnes sur la première équipe
(qui en compte un millier), contre 50 habituellement», explique la
direction. Sans compter les salariés venus travailler, mais qui ont
changé d'avis. «J'ai 20 personnes qui ne travaillent pas dans mon équipe
par peur des représailles. Certains se sont mis en tenue de travail,
mais sont restés à l'écart de la chaîne», raconte un chef de l'atelier
de montage. «J'ai vu des gens littéralement trembler de peur», raconte
un autre.
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Menaces physiques:
Certains ouvriers ont
toutefois repris leur poste, avec appréhension, comme ce trentenaire,
«par besoin de nourrir ma famille». Il décrit les pressions, endurées il
y a une dizaine de jours. «Ils venaient jusque dans les vestiaires pour
nous menacer et nous insulter. Si tous les ouvriers ne se mettent pas
en grève, ça va mal se passer, disaient-ils...», témoigne ce salarié,
qui s'est senti «vraiment agressé».
«J'ai renvoyé deux personnes
chez elles parce qu'elles étaient choquées, après avoir été menacées par
des jeunes de l'âge de leurs fils», souligne un chef d'atelier. Et
d'ajouter, «c'est difficile, parce que grévistes et non-grévistes
habitent pour la plupart à Aulnay: ils se voient au marché, dans les
transports en commun...».
À l'écart du groupe, sur la chaîne, un
ouvrier en tenue de travail confie qu'il a «demandé à aller dans l'usine
de Sochaux ou de Mulhouse», où «au moins, il n'y a pas de menaces». «On
m'a mis la pression, on m'a dit: attention à toi! Eux, ils ont
peut-être les moyens de faire la grève, mais pas moi. Il y en a qui ne
sont pas corrects, qui menacent physiquement», ajoute-t-il.
Le groupe a accusé certains grévistes de «sabotage»:
En
ce lundi, aucune violence n'a pourtant été constatée. La direction
avait dénoncé des dégradations il y a deux semaines: jets d'œufs,
graffitis insultants, extincteurs vidés sur du matériel électrique...
Pire, le groupe a accusé certains grévistes de «sabotage», après avoir
découvert mardi dernier trois câbles électriques sectionnés à l'atelier
de ferrage. La CGT nie en bloc. Plusieurs syndicalistes ont été
convoqués par la police après qu'un huissier a dit avoir subi des coups
de poing et des coups de pied. Quatre ont été mis à pied par la
direction. Le site avait été bloqué par la grève du 16 au 18 janvier. Il
était resté à l'arrêt la semaine dernière, le constructeur estimant que
les conditions de sécurité n'étaient pas réunies.
«Aujourd'hui,
devant la presse et les huissiers, il n'y a pas de violence. Mais ce qui
nous inquiète, c'est le moment où les journalistes seront partis. Ils
n'attendent que cela pour martyriser les gens et repartir les harceler
sur la chaîne», se lamente un cadre, reflétant un sentiment exprimé par
beaucoup. Il avoue «avoir peur» d'une «cinquantaine de voyous», qui
ternissent la réputation de l'immense majorité, qui sont «des gens
magnifiques».
Un jeune gréviste, à l'allure posée, assure l'être
de «son plein gré». «Les négociations n'aboutissent pas. On propose à
une partie des ouvriers d'aller sur le site de Poissy, mais ça me fait
trop loin», souligne-t-il. David se tient près du groupe des grévistes,
en «civil»: «On a commencé en tenue de travail, mais les camarades nous
ont expliqué ce qui se passait. On veut être solidaires. On veut soit un
reclassement, soit une somme d'argent qui permet de rechercher un
travail sereinement.»
«Un ancien, ça réfléchit»:
Rapidement,
quelques organisateurs de la grève se rapprochent. «C'est la direction
qui parle de violence. Il n'y a jamais eu de dégradation, je ne sais pas
où ils sont allés chercher tout ça», dit l'un deux, qui arbore un
autocollant SUD. «Il faut utiliser la presse tant qu'on peut», glisse à
ses troupes Jean-Pierre Mercier, le très médiatique patron de la CGT du
site, candidat Lutte ouvrière aux législatives.
À l'écart, un
salarié CGT plus âgé secoue la tête: «Le climat est mauvais. Lors de la
grève de 1982, on se battait notamment pour des augmentations de
salaires. Là, ils cassent quelque chose qui va fermer, ils n'ont rien à
perdre. L'ennui, c'est que ce sont des jeunes qui ont pris le pouvoir.
Un ancien, ça réfléchit, ça ne casse pas l'outil de production. Je crois
que les syndicats ne maîtrisent pas tout ce qui se passe.»
Les
grévistes rejettent ces accusations. «On se fait licencier et en plus on
se fait traiter de voyous! On n'est pas des casseurs. On veut défendre
notre CDI! On veut nous faire passer pour des terroristes, sauf que les
terroristes, ce sont ceux qui cassent l'avenir. J'ai dix ans
d'ancienneté, je vais toucher 17.000 euros, puis je vais pointer à Pôle
emploi», martèle Salah Keltoumi, délégué CGT.
Il est un peu plus
de 13 heures, l'heure de l'assemblée générale. Jean-Pierre Mercier prend
la parole, perché sur une estrade. Il faut qu'«il y ait le maximum de
salariés en grève» mardi, tonne-t-il, annonçant aussi des actions à
l'extérieur. Les grévistes seront présents au siège parisien de
l'entreprise, avenue de la Grande-Armée, où doit se dérouler la dernière
réunion de négociation sur le plan de restructuration, et comptent
rejoindre les salariés de Goodyear, au ministère du Travail. «Ce qu'on
vous propose, c'est de les rendre fous, à la direction et au
gouvernement»!
Bourse:
PEUGEOT
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