INTERVIEW - Le ministre de l'Économie estime que «tailler à la hache dans les dépenses publiques crée des résistances qui font rater la cible».
Notre site. - Vous revenez de Chine. Quelle est la perception de la France chez nos partenaires?
Pierre MOSCOVICI. -
J'ai constaté auprès de tous mes interlocuteurs chinois une très grande
attention à notre situation économique et, plus largement, à celle de
la zone euro. Lors de mon entretien avec M. Li Keqiang, le futur premier
ministre, que j'étais le premier ministre européen des Finances à
rencontrer, j'ai entendu un message de confiance, mais également
l'attente des résultats concrets de nos actions. Je les ai invités à
mesurer pleinement les atouts de la France et à investir dans notre
économie.
Le gouvernement a tenu ce jeudi un séminaire
sur les investissements. Comment les stimuler alors que les caisses de
l'État sont vides?
La priorité du chef de l'État, c'est
l'inversion de la courbe du chômage d'ici à la fin de l'année. Relancer
l'investissement est au cœur de notre stratégie pour y parvenir. Nous
avons mis en place un cadre très favorable à l'investissement privé, en
stabilisant la zone euro et en lançant notre pacte pour la compétitivité.
Le logement, la rénovation thermique, les infrastructures de transport
et le déploiement du très haut débit ont été identifiés comme nos
principales priorités. Il s'agit à présent d'orienter l'épargne
abondante des Français vers les investissements d'avenir. Comme l'a dit
le premier ministre, les ressources publiques seront également
redéployées vers ces objectifs. La feuille de route est tracée et le
séminaire a permis la mobilisation du gouvernement dans cette direction.
L'opposition vous accuse d'être flou sur la réduction des dépenses publiques. Que répondez-vous?
Nous
nous sommes engagés à ramener la dépense publique de 56,3% de la
richesse nationale en 2012 à 53,1% du PIB en 2017. Les Français
attendent de la puissance publique qu'elle participe à l'effort national
pour redresser le pays. C'est une démarche volontaire, et il n'est pas
question de biaiser. L'objectif est clair, 60 milliards d'ici à la fin
du quinquennat. Dans ce cadre, il y a déjà, dans le budget, de nombreux
exemples, et chaque ministre est en charge de préparer les réformes
indispensables.
L'État est exemplaire. Ainsi, en 2013, ses
dépenses de fonctionnement baisseront de 5%, notamment en réduisant ses
dépenses de communication, en réorganisant ses grands réseaux
(sous-préfectures, réseau à l'étranger), en maîtrisant sa masse
salariale. Une revue des grands investissements est en cours. Nous
entraînerons ainsi, par l'exemple, l'ensemble des acteurs, notamment les
opérateurs de l'État, les collectivités territoriales et les
administrations de Sécurité sociale dans la modernisation de l'action
publique.
Notre méthode, fondée sur la concertation et tournée
vers l'usager, est différente de celle de nos prédécesseurs. Je l'estime
plus efficace et plus juste. Tailler à la hache, comme l'a fait le
gouvernement précédent à travers la RGPP, crée des blocages et des
résistances qui font rater la cible.
La nouvelle
contribution remplaçant la taxe à 75% pour les revenus dépassant un
million d'euros sera-t-elle temporaire ou pérenne? Le gouvernement a
envoyé des messages contradictoires ces derniers jours à ce sujet…
À situation exceptionnelle, effort exceptionnel: telle est la philosophie. La nouvelle contribution reprendra l'esprit de la taxe à 75%,
tout en respectant les principes fixés par le Conseil constitutionnel.
Nous la présenterons d'ici à quelques semaines, afin que les acteurs
économiques soient fixés. J'ajoute que les raisons de l'exil fiscal ne
sont pas dues à un tel dispositif. La fiscalité
ne fait pas tout: à l'époque du bouclier fiscal à 50 % de la droite, il
y avait pourtant 700 départs par an. Et puis, pour retrouver
l'attractivité française, nous devons aussi restaurer nos bases
fiscales, en renégociant nos conventions internationales. Nous y
travaillons.
Attendez-vous la discussion prévue au
printemps avec Bruxelles, sur la question de la croissance et des
finances publiques pour admettre que la France ne tiendra pas son engagement de ramener son déficit à 3% du PIB cette année?
Si
j'avais aujourd'hui la conviction que la croissance ne pourra pas
atteindre 0,8% comme nous l'anticipons, je l'aurais dit. Les
incertitudes sont fortes, bien sûr, mais je relève que certaines
évolutions - l'accord sur le budget aux États-Unis, les perspectives de
croissance de la Chine, les solutions apportées à la zone euro - sont
positives. Nos actions pour rétablir la compétitivité de la France et
défendre la consommation intérieure soutiennent aussi la croissance.
Même si le début de cette année est difficile, il n'est pas question de
donner aujourd'hui le moindre signal qui pourrait faire penser que notre
volonté de ramener notre déficit public à 3% faiblit. Cela dit, il faut
aussi que les Européens s'interrogent sur les moyens d'obtenir plus de
croissance, comme le FMI et l'OCDE nous y invitent.
Étiez-vous candidat à la présidence de l'Eurogroupe?
Je
n'ai jamais été candidat. Mon nom a été évoqué par certains - ce qui
est un honneur -, mais la tâche qui m'a été confiée est d'être ministre
de l'Économie et des Finances de la France, dans une période de crise,
et cette tâche est lourde. Au passage, j'ai lu ici ou là que je pourrais
quitter le gouvernement pour prendre la présidence de l'Eurogroupe, ce
qui est absolument faux. Dans mon esprit, le président de cette
institution doit être un ministre en exercice. Ce qui m'importe, c'est
que les idées et les conceptions de la France sur l'avenir de la zone
euro soient entendues par le futur président, en particulier s'agissant
de l'union bancaire, qu'il faut poursuivre, de l'intégrité de la zone
euro, qui doit être préservée, et des politiques de croissance, qu'il
est indispensable de mener. Je l'ai dit à Jeroen Dijsselbloem.
Vous
avez semé le trouble en indiquant que pour surmonter ses difficultés,
le constructeur automobile PSA devrait «aller plus loin».
Qu'entendez-vous par là?
Ne déformons pas mes propos!
PSA, qui a vendu moins de 3 millions de voitures en 2012, se trouve dans
une situation difficile. Pour y faire face, le groupe a engagé un
partenariat stratégique avec GM. Il conduit un plan social douloureux,
que nous avons travaillé à contenir, et a obtenu de l'État une garantie
sur sa filiale bancaire. Dans ce contexte, PSA a donné des assurances
sur sa production en France, notamment dans l'usine de Rennes, et a
nommé Louis Gallois, le commissaire à l'investissement, à son conseil de
surveillance. Pour se redresser, PSA approfondira sans doute sa
réflexion stratégique, mais c'est une entreprise privée et, à ce titre,
c'est à elle de faire les choix qu'elle estime judicieux. J'ai la
conviction qu'il y a une place pour PSA sur le marché mondial. En ce qui
concerne la garantie apportée par l'État pour sa filiale bancaire, je
suis tout à fait confiant sur le déroulement des discussions que nous
menons avec Bruxelles.
Le PDG d'EDF, Henri Proglio, fait
l'objet d'une enquête de l'inspection des finances au sujet de la façon
dont ont été obtenus des contrats en Chine. Lui maintenez-vous votre
confiance?
Il ne s'agit pas d'une enquête ou d'une
remise en cause des partenariats existants avec la Chine, dont j'ai pu
constater lors de ma visite à Pékin qu'ils étaient d'une importance
essentielle aux yeux de nos interlocuteurs gouvernementaux. Il s'agit
d'une mission de contrôle. En tant qu'État actionnaire, notre devoir est
de nous assurer que nos choix stratégiques sont préservés dans les
négociations. Cette procédure ne vise pas davantage M. Proglio.
L'intention du gouvernement n'est ni de compromettre l'avenir d'un
partenariat avec la Chine qui dure depuis trente ans, ni de chercher un
prétexte pour changer la gouvernance de l'entreprise. Nous voulons juste
mieux apprécier le fonctionnement de la filière nucléaire. Cette
mission - dont nous devrions avoir les conclusions d'ici à trois mois - y
contribuera.

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