Les ministres européens des Finances ont donné leur feu vert, mardi, au lancement de la taxe sur les transactions financières (TTF) dans onze États membres, dont la France et l'Allemagne, à partir de 2014-2015.
Décollage. Après trente mois de controverses et de faux départs,
l'Europe a donné son feu vert au lancement d'une taxe sur les
transactions financières (TTF) qui pourrait s'appliquer à partir de 2014
ou 2015 dans onze pays de la zone euro, France et Allemagne comprises.
Le
coup d'envoi, donné par les Vingt-Sept malgré les réticences connues du
Royaume-Uni, traduit une double avancée politique. La TTF vise à faire
payer aux banques plutôt qu'aux contribuables le redressement du secteur
financier et elle figure en bonne place sur les programmes électoraux,
particulièrement en Allemagne cette année.
La méthode retenue,
celle d'une «coopération renforcée» entre les seuls pays volontaires,
contourne aussi, pour la première fois, la règle de l'unanimité en
matière fiscale, un carcan que l'UE s'est imposé depuis sa création.
La
Commission salue «une étape historique» tandis que Benoît Hamon,
ministre français de l'Économie solidaire, veut y voir la fin de l'ère
Lehmann Brother, du nom de la première firme de services financiers à
avoir sombré dans la banqueroute à l'été 2008.
L'autorisation
obtenue, reste maintenant à s'entendre sur un projet détaillé, précisant
notamment l'assiette et le taux de la future TTF. Algirdas Semeta,
commissaire à la fiscalité, prévoit de mettre le document sur la table
«dans les toutes prochaines semaines».
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10 à 30 milliards d'euros attendus:
La
proposition bruxelloise reprendra les grandes lignes d'un projet
mort-né en 2011, faute d'accord à vingt-sept. À savoir: une taxe imposée
à toutes les transactions financières (banques, Bourses, sociétés
d'investissement et fonds spéculatifs). Les échanges d'actions et
d'obligations seraient taxés à un taux de 0,1% et les contrats dérivés à
un taux de 0,01%.
La territorialité reste l'élément le plus
débattu, et redouté à Londres: quel que soit le lieu de la transaction,
la TTF s'imposerait dès lors que l'acheteur ou le vendeur est installé
dans un des pays qui la mettent en œuvre. «Cette disposition sera
maintenue» dans la nouvelle version, assure sans surprise le commissaire
Semeta. Si des titres émis sur le continent européen sont achetés à
Londres, ils seront donc taxés. En revanche, si Londres achète et revend
des titres européens détenus en Asie ou en Amérique, la taxe ne
s'appliquera pas.
En pleine disette budgétaire, les capitales
européennes rivalisent d'idées pour utiliser les recettes
supplémentaires à attendre de la TTF. Par intérêt bien compris,
Bruxelles voudrait en absorber tout ou partie pour financer le budget
européen. Paris ne dit pas tout à fait non, mais voudrait aussi
l'employer à l'aide au développement. Vienne pousse à un fonds pour
l'éducation. Berlin, pour l'heure, souhaite au contraire tout garder
dans le trésor national. L'année d'entrée en vigueur est aussi âprement
discutée.
La plus grosse incertitude porte sur le produit
escompté, en attendant que la Commission précise sa copie. À l'automne,
la France escomptait un chiffre «vraisemblablement supérieur à 10
milliards» dans les pays signataires. Ces dernières semaines, les
experts européens poussaient l'addition jusqu'à 20 milliards. Mardi,
Algirdas Semeta a implicitement pointé vers un chiffre de 30 milliards,
voire plus. À l'échelle de l'UE, le projet mort-né de 2011 évoquait un
rendement supérieur à 55 milliards. Or les onze pays engagés
représentent les 2/3 du PIB de l'Union. D'autres pourraient d'ailleurs
monter à bord, une fois le train de la TTF lancée.
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