L'intersyndicale a manifesté toute la journée devant les portes de l'usine.
Cinq offres de reprise ont été déposées in extremis pour la raffinerie de Petit-Couronne, en liquidation judiciaire depuis octobre. Deux paraissent sérieuses, selon Bercy. L'État envisage une participation minoritaire.
Les salariés de la raffinerie Petroplus
de Petit-Couronne (Seine-Maritime), en liquidation judiciaire depuis
octobre, ont encore de l'espoir: cinq offres de reprise ont été déposées
mardi auprès du tribunal de commerce de Rouen. In extremis. Celui-ci
avait fixé au 5 février la date limite de dépôts des candidatures. La
raffinerie, menacée de fermeture, est l'un de ces sites industriels qui
focalisent une grande attention et sur lesquels le gouvernement est
interpellé.
Sur ces cinq offres, deux «paraissent sérieuses et
financées», a prudemment précisé Bercy, qui cible le groupe énergétique
égyptien Istithmaraat et l'investisseur suisse Terrae. Le premier, selon
son représentant en France, dit proposer un plan de reprise complet de
l'installation, qui concerne également une société de dépôts pétroliers
en région parisienne. Le libyen Murzuk et la société NetOil, basée à
Dubaï, ont également déposé une offre. Mais elles sont jugées moins
crédibles par Bercy. Pour NetOil, c'est la deuxième fois qu'il se
manifeste auprès du tribunal de commerce.
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En attendant plus de
détails, l'intersyndicale a manifesté toute la journée devant les portes
de l'usine. À Petit-Couronne comme sur les autres sites en France
menacés de fermeture, le gouvernement craint ostensiblement la
radicalisation des mouvements sociaux. Un certain nombre de notes ont
circulé en ce sens.
Les administrateurs provisoires de Petroplus
feront officiellement le point mercredi, lors d'un comité d'entreprise
extraordinaire. La prudence reste de mise car, au cours des derniers
mois, une bonne dizaine de repreneurs potentiels, plus ou moins sérieux,
se sont déjà manifestés. Jusqu'à présent, le tribunal de commerce n'a
retenu aucune candidature, les jugeant financièrement insuffisantes,
voire totalement fantaisistes.
Jusqu'au dernier moment, le
gouvernement aura soufflé le chaud et le froid dans ce dossier. Lundi
soir, après avoir reçu l'intersyndicale, Matignon faisait savoir que les possibilités de reprise de la raffinerie étaient «très limitées». Mardi dans la matinée, Arnaud Montebourg,
le ministre du Redressement productif, affirmait que l'État était prêt à
accompagner un éventuel repreneur, moyennant une participation
minoritaire. «S'il y a une offre crédible qui est faite», a précisé le
premier ministre.
Au début de l'année, François Hollande
s'était rendu à Petit-Couronne. Il avait alors indiqué sa volonté de
«tout faire» pour trouver une solution mais en excluant aussitôt que
l'État puisse être le repreneur.
Le pessimisme des observateurs
sur le dossier Petroplus s'explique par la situation du raffinage en
France: non seulement les installations sont largement surcapacitaires,
mais elles produisent trop d'essence alors que le marché automobile est
«dieselisé» à plus de 60 %. Transformer les usines pour qu'elles
produisent davantage de gazole a été fait dans certains cas - comme Total
dans sa raffinerie de Normandie à Gonfreville-L'Orcher - mais ces
investissements sont trop lourds à supporter pour les autres acteurs.
Les difficultés du raffinage en France se retrouvent à l'échelle de
toute l'Europe: les compagnies misent en priorité sur les bassins de
consommation émergents, comme l'Asie et le Moyen-Orient, pour renforcer
leurs positions dans l'aval. Petroplus est la dernière victime d'une
longue liste de raffineries européennes qui ferment tour à tour.

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