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lundi 4 février 2013

Le niveau de l'euro inquiète le gouvernement.

François Hollande et le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici.
François Hollande et le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici.
Les ministres français n'hésitent plus à parler d'un euro « trop fort ». Avec un objectif : que les instances européennes se saisissent du sujet. Les entreprises commencent aussi à tirer la sonnette d'alarme.

C'est une petite musique traditionnelle qui recommence à se faire entendre. Il y a quelques jours, dans un entretien au Figaro, la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, commençait timidement à reconnaître qu'«un euro qui monte trop peut effectivement être pénalisant pour nos entreprises». Sortant - un peu - de sa légendaire prudence, le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici, ajoutait dimanche que «l'euro est fort, peut-être d'ailleurs trop fort à certains égards». «Nous sommes attentifs à cette question, qui fait l'objet de toute l'attention du président de la République, du premier ministre et du gouvernement français», avait auparavant déclaré le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg.

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«Dévaluation compétitive»:


Bref, avec le soutien de l'Élysée, l'exécutif français est à l'offensive. S'il s'émeut du niveau de la monnaie européenne, c'est parce qu'il veut que «les Européens se saisissent de ce sujet de préoccupation, à la fois pour la croissance et pour les entreprises», souligne une source gouvernementale. Ces dernières sont en effet directement touchées par la variation des monnaies. Le numéro un mondial du luxe LVMH vient d'exprimer publiquement son inquiétude. Jeudi dernier, son PDG, Bernard Arnault, a dit craindre «une bataille monétaire, de dévaluation compétitive», qui «risque d'avoir un impact sur les affaires des exportateurs français». Il n'a d'ailleurs pas exclu d'avoir, le cas échéant, à «augmenter (ses) prix» pour compenser une telle situation. Chez EADS, la maison mère d'Airbus, on rappelle régulièrement qu'une baisse de dix centimes du dollar par rapport à l'euro représente une perte nette de plus d'un milliard d'euros pour le constructeur. «Je préférerais, pour certains secteurs en particulier, que l'euro soit un peu plus bas, disait de son côté la présidente du Medef, Laurence Parisot, lors du «Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro» dimanche. On peut espérer que le gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, s'exprime sur le sujet. C'est à lui de donner un signal qui permettrait de rééquilibrer les choses».
Lors de son introduction, le 1er janvier 1999, un euro valait 1,1665 dollar ; ce lundi, il touchait 1,35 dollar. Même s'il est encore loin de ses plus hauts niveaux - près de 1,60 en avril 2008 -, il atteint le seuil à partir duquel les inquiétudes commencent à se manifester. Celui à partir duquel les produits européens coûtent vraiment plus cher que ceux fabriqués aux États-Unis, en Chine ou au Japon libellés en dollars, en yuans ou en yens. Ce qui, du coup, présente des inconvénients pour les entreprises qui exportent dans une monnaie différente. Dans le même temps, acheter des produits hors de la zone euro coûte moins cher pour le client européen, ce qui présente comme principal avantage de faire baisser la facture énergétique.
Sans évidemment expliquer la totalité de la dégradation de la balance commerciale française - les deux tiers des exportations de l'Hexagone se font en zone euro -, l'euro n'en a pas moins eu un rôle de poids dans les 73 milliards d'euros de déficit enregistrés en 2011 et les près de 70 milliards de 2012 - quand la Chine, elle, dégageait un excédent de 150 milliards de dollars il y a deux ans. «Les monnaies doivent davantage refléter l'état de chacune des économies», avait déclaré François Hollande début novembre, alors en déplacement au Vietnam. «Les pays qui dégagent de forts excédents doivent accepter la réévaluation de leur monnaie. Depuis plusieurs mois, la Chine a d'ailleurs déjà accepté de le faire et elle doit continuer de le mener à bien de façon à ce qu'il puisse y avoir un rééquilibrage par les marchés des changes», avait insisté le chef de l'État.
Ce débat sur le niveau de l'euro face aux autres monnaies (dollar, yuan et yen) est loin d'être nouveau. Il s'agit d'un point de friction régulier entre la France et l'Allemagne (voir ci-dessous). Nicolas Sarkozy avait en son temps dénoncé à plusieurs reprises «l'euro fort» alors que Berlin disait «l'aimer».

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