Les ministres français n'hésitent plus à parler d'un euro « trop fort ». Avec un objectif : que les instances européennes se saisissent du sujet. Les entreprises commencent aussi à tirer la sonnette d'alarme.
C'est une petite musique traditionnelle qui recommence à se faire entendre. Il y a quelques jours, dans un entretien au Figaro, la ministre du Commerce extérieur, Nicole Bricq, commençait timidement à reconnaître qu'«un euro qui monte trop peut effectivement être pénalisant pour nos entreprises». Sortant - un peu - de sa légendaire prudence, le ministre de l'Économie, Pierre Moscovici, ajoutait dimanche que «l'euro est fort, peut-être d'ailleurs trop fort à certains égards». «Nous sommes attentifs à cette question, qui fait l'objet de toute l'attention du président de la République, du premier ministre et du gouvernement français», avait auparavant déclaré le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg.
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«Dévaluation compétitive»:
Bref,
avec le soutien de l'Élysée, l'exécutif français est à l'offensive.
S'il s'émeut du niveau de la monnaie européenne, c'est parce qu'il veut
que «les Européens se saisissent de ce sujet de préoccupation, à la fois
pour la croissance et pour les entreprises», souligne une source
gouvernementale. Ces dernières sont en effet directement touchées par la
variation des monnaies. Le numéro un mondial du luxe LVMH
vient d'exprimer publiquement son inquiétude. Jeudi dernier, son PDG,
Bernard Arnault, a dit craindre «une bataille monétaire, de dévaluation
compétitive», qui «risque d'avoir un impact sur les affaires des
exportateurs français». Il n'a d'ailleurs pas exclu d'avoir, le cas
échéant, à «augmenter (ses) prix» pour compenser une telle situation.
Chez EADS, la maison mère d'Airbus, on rappelle régulièrement qu'une
baisse de dix centimes du dollar par rapport à l'euro représente une
perte nette de plus d'un milliard d'euros pour le constructeur. «Je
préférerais, pour certains secteurs en particulier, que l'euro soit un
peu plus bas, disait de son côté la présidente du Medef, Laurence Parisot, lors du «Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro» dimanche.
On peut espérer que le gouverneur de la Banque centrale européenne
(BCE), Mario Draghi, s'exprime sur le sujet. C'est à lui de donner un
signal qui permettrait de rééquilibrer les choses».
Lors de son
introduction, le 1er janvier 1999, un euro valait 1,1665 dollar ; ce
lundi, il touchait 1,35 dollar. Même s'il est encore loin de ses plus
hauts niveaux - près de 1,60 en avril 2008 -, il atteint le seuil à
partir duquel les inquiétudes commencent à se manifester. Celui à partir
duquel les produits européens coûtent vraiment plus cher que ceux
fabriqués aux États-Unis, en Chine ou au Japon libellés en dollars, en
yuans ou en yens. Ce qui, du coup, présente des inconvénients pour les
entreprises qui exportent dans une monnaie différente. Dans le même
temps, acheter des produits hors de la zone euro coûte moins cher pour
le client européen, ce qui présente comme principal avantage de faire
baisser la facture énergétique.
Sans évidemment expliquer la
totalité de la dégradation de la balance commerciale française - les
deux tiers des exportations de l'Hexagone se font en zone euro -, l'euro
n'en a pas moins eu un rôle de poids dans les 73 milliards d'euros de
déficit enregistrés en 2011 et les près de 70 milliards de 2012 - quand
la Chine, elle, dégageait un excédent de 150 milliards de dollars il y a
deux ans. «Les monnaies doivent davantage refléter l'état de chacune
des économies», avait déclaré François Hollande début novembre, alors en
déplacement au Vietnam. «Les pays qui dégagent de forts excédents
doivent accepter la réévaluation de leur monnaie. Depuis plusieurs mois,
la Chine a d'ailleurs déjà accepté de le faire et elle doit continuer
de le mener à bien de façon à ce qu'il puisse y avoir un rééquilibrage
par les marchés des changes», avait insisté le chef de l'État.
Ce
débat sur le niveau de l'euro face aux autres monnaies (dollar, yuan et
yen) est loin d'être nouveau. Il s'agit d'un point de friction régulier
entre la France et l'Allemagne (voir ci-dessous). Nicolas Sarkozy avait
en son temps dénoncé à plusieurs reprises «l'euro fort» alors que Berlin
disait «l'aimer».

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