
Sous l'égide de son PDG Paolo de Cesare, le Printemps, notamment son navire amiral parisien du boulevard Haussmann, est monté en gamme et attire de plus en plus de touristes chinois.
Le Deutsche Bank veut vendre ses 70%. Le concurrent Galeries Lafayette souhaite racheter l'ensemble du groupe. Maurizio Borletti, qui en contrôle 30%, n'est pas vendeur.
Sept ans après avoir été vendus pour plus d'un milliard d'euros par PPR,
les grands magasins du Printemps reviennent sur le marché. Actionnaire à
70%, Rreef, la division capital-investissement immobilier de la
Deutsche Bank, souhaite céder sa part. «Rreef n'a jamais caché ses
intentions, assure un syndicaliste du Printemps. Dès novembre 2011, le
président du conseil de surveillance a indiqué qu'une vente était à
l'ordre du jour pour 2013.» Rreef vient d'ailleurs de mandater Deutsche
Bank et Rothschild sur le sujet.
La cible est alléchante. Sous
l'égide de son PDG Paolo de Cesare, le Printemps, notamment son navire
amiral parisien du boulevard Haussmann, est monté en gamme et attire de
plus en plus de touristes chinois. En 2011, le groupe, qui compte
16 autres grands magasins et les boutiques Citadium et Made in Sport, a
réalisé 1,45 milliard d'euros de chiffre d'affaires (+13% par rapport à
2010). Mais le dossier est complexe. Les autres actionnaires, qui
détiennent 30% du capital, ont confié la gestion de leur participation à
l'un d'entre eux, Maurizio Borletti, l'ex-patron des grands magasins
italiens Rinascente. Ce dernier dirige le bloc d'actions via une société
en commandite où il a tous les pouvoirs. Il n'est absolument pas
vendeur. Selon nos informations, il a mandaté Credit Suisse pour trouver
d'autres partenaires et augmenter sa participation lors de la sortie de
Rreef.
Très attaché au Printemps, Maurizio Borletti, qui n'a pas souhaité répondre au Figaro,
aimerait sans doute trouver un coactionnaire aussi conciliant que
Rreef, avec qui il partage le pouvoir depuis 2006. Le profil idéal? Un
professionnel de l'immobilier, tel le chinois Wanda, qui s'est dit
intéressé dans Les Échos, ou un groupe qui permette
l'internationalisation du Printemps. Mais pas un acteur de la
distribution, ce qui semble exclure le thaïlandais Central Retail
Corporation, qui lorgne l'Europe depuis le rachat de la Rinascente, en
2011.
Un tel schéma n'arrange pas les Galeries Lafayette. Candidat
malheureux à l'acquisition du Printemps en 2006, le groupe dirigé par
Philippe Houzé est prêt à retenter sa chance et a mandaté HSBC. Selon Challenges , il préparerait une offre à 1,6 milliard d'euros pour l'ensemble du capital.
Échéance en 2014:
Un tel projet serait la réalisation d'un vieux rêve de la famille Moulin, propriétaire des Galeries Lafayette.
Mais il serait examiné avec vigilance par l'Autorité de la concurrence.
Selon nos informations, celle-ci a déjà été consultée de manière
informelle. Elle devra juger si les deux enseignes ont une position
dominante sur le marché des touristes à Paris. Ni les Galeries Lafayette
ni l'Autorité n'ont souhaité faire de commentaires.
Autres soucis
pour les 2 300 salariés du groupe Printemps et les 11.000 employés des
Galeries Lafayette: les synergies dans les fonctions centrales et achats
pourraient menacer 600 postes en cas de rapprochement des rivaux. Ces
derniers sont par ailleurs en concurrence dans une dizaine de villes de
province. Les syndicats du Printemps, réunis hier en comité
d'entreprise, s'interrogent, indépendamment de la cession, sur l'avenir
de ceux du Havre, Metz et Nancy.
En théorie, Maurizio Borletti
peut finir par accepter une offre à un prix irrésistible et céder ses
30%. Mais avant 2014, année où Rreef doit rembourser ses coinvestisseurs
dans le Printemps, rien ne permet à à la filiale de la Deutsche Bank de
contraindre son associé à sortir. Ensuite, la situation de l'Italien
sera plus compliquée. S'il veut garder un pied au Printemps, Maurizio
Borletti devra donc dans les prochains mois soit dénicher les
investisseurs avec qui en prendre le contrôle, soit trouver un modus
vivendi avec un nouveau coactionnaire. Quitte à perdre une partie de son
pouvoir.
Bourse:
PPR
154,20€ +0,62%
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