
Jean-Marc Ayrault et Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, jeudi à Paris.
Didier Migaud, le premier président de la Cour des comptes, estime que la France n'a plus de marges de manœuvre sur la fiscalité. Il appelle à tailler dans les dépenses publiques.
Les dirigeants politiques français doivent rompre avec leur habitude
d'alourdir sans cesse la charge portée par le contribuable et enfin
s'attaquer à la réduction des dépenses publiques: tel est le message
qu'a martelé jeudi Didier Migaud,
le premier président de la Cour des comptes, lors de l'audience
solennelle de rentrée de l'institution. Un message qui a d'autant plus
de portée qu'il a été présenté devant Jean-Marc Ayrault et plusieurs
membres du gouvernement, dont Pierre Moscovici, ministre de l'Économie, et Jérôme Cahuzac, ministre délégué au Budget.
Didier
Migaud l'a concédé, «l'effort de maîtrise des dépenses impose à notre
pays un changement culturel important». Mais inévitable. Car pour
redresser ses comptes publics, objectif que la Cour juge indispensable,
la France ne peut plus jouer sur le levier fiscal. Pourquoi? Parce que
les prélèvements sont déjà élevés, parce que la concurrence fiscale est
vive en Europe, parce que la France souffre d'un déficit de
compétitivité, estime le premier président, ancien élu PS. En augmentant
massivement les impôts - de 65 milliards entre 2011 et 2013! -, les
gouvernements Fillon puis Ayrault ont grillé les dernières cartouches.
«La
France va devoir, dans les années qui viennent, consentir à un freinage
sans précédent de la dépense publique», en conclut Didier Migaud. Qui
fait des préconisations précises: les dépenses ne devront plus
progresser plus vite que l'inflation (quasi-stabilité en volume).
Problème:
le gouvernement a une feuille de route moins sévère, calée sur une
hausse moyenne des dépenses à 0,4 % par an sur le quinquennat. Et le
défi est immense. Il y a quelques années encore, la dépense publique
progressait de 2 % en moyenne par an en France. La politique menée par
Nicolas Sarkozy - non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux de
fonctionnaires, fermetures de tribunaux, de sites militaires, etc. -
n'a permis que de ramener la progression à 0,9 % en 2011. Aller plus
loin suppose de prendre des décisions plus impopulaires… ce que s'est
gardé de faire le gouvernement Ayrault jusqu'à présent.
La Cour des comptes pourra
lui donner des idées. Dans le prochain rapport annuel publié en
février, les magistrats de la Rue Cambon développeront des pistes
d'économies, a annoncé Didier Migaud. Qui en a profité pour en dévoiler
les lignes directrices. Les mesures devront porter sur les «grandes
politiques d'intervention de l'État très souvent partagées avec la
Sécurité sociale et les collectivités locales: par exemple en matière de
logement, de santé, de famille, de formation professionnelle ou d'aides
aux entreprises».
Sur ce point, la Cour et le gouvernement sont
en accord: l'exécutif a justement choisi d'évaluer ces politiques. Reste
à savoir si la majorité PS aura le courage de tailler dans le vif. Si
certaines idées préconisées de longue date par la Cour - limiter la
générosité de certaines aides familiales pour les ménages les plus aisés
- peuvent séduire à gauche, d'autres - le ciblage des allocations
logement - sont moins «PS compatible». Le gouvernement devrait sortir du
bois au mieux au printemps, lorsque les audits seront achevés et que
Bercy devra s'atteler à la préparation des budgets de 2014. D'ici là,
les Français seront dans le flou.
Maîtriser les dépenses des collectivités locales:
La
Cour des comptes recommande avec force de s'attaquer aux dépenses des
collectivités locales. Elle publiera un rapport sur leurs finances en
septembre. Certes, l'actuel gouvernement n'a pas hésité à aller contre
des élus locaux majoritairement à gauche en réduisant les transferts que
l'État verse aux communes, départements et régions. Mais cela ne suffit
pas. Il faut mettre en place une «démarche incitant les collectivités à
renforcer l'efficience de leurs dépenses», estime Didier Migaud.
Une idée défendue pendant la campagne présidentielle par Nicolas Sarkozy,
mais que n'a pas reprise François Hollande une fois élu… La Cour
demande aussi de réduire les doublons entre communes et groupement de
communes. De fait, de 2002 à 2009, les effectifs ont grimpé de 86 600
personnes dans les premières et de 101 500 personnes dans les secondes…
Bref, le gouvernement ne devra pas être le seul à prendre des décisions
difficiles: tous les élus devront être sur le pont.
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